Une étude de l'AIE et RTE détaille les conditions pour que l’électricité française ne provienne plus que de l’éolien et du solaire, sans nucléaire, en 2050

La longue marche de la France pour atteindre 100 % d’énergies renouvelables

Une étude publiée jeudi détaille les conditions pour que l’électricité française ne provienne plus que de l’éolien et du solaire, sans nucléaire, en 2050.

Au large des côtes françaises, une soixantaine de parcs éoliens tournent à plein régime. Sur terre, près de 20 000 éoliennes maillent le territoire et les installations photovoltaïques atteignent une puissance installée de 100 gigawatts. Nous sommes en 2050 et les derniers réacteurs nucléaires encore en fonctionnement doivent être progressivement mis à l’arrêt d’ici à une décennie. L’essentiel de l’électricité utilisée en France est désormais d’origine renouvelable.

Ce scénario est-il totalement utopique ? Ou préfigure-t-il au contraire l’avenir de la politique énergétique ? Dans une étude très attendue publiée mercredi 27 janvier, le gestionnaire du Réseau de transport d’électricité (RTE) et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) détaillent les conditions techniques indispensables à la mise en place d’un système électrique fondé sur des parts très élevées d’énergies renouvelables. Un document commandé par le ministère de la transition écologique en 2019 afin de confirmer la faisabilité d’une hypothèse 100 % renouvelables.

« C’est un rapport qui fera date dans l’histoire énergétique française, et peut-être même mondiale, se réjouit l’actuelle ministre de la transition écologique, Barbara Pompili. Le scénario 100 % renouvelables entre dans le champ des possibles. » Même si plusieurs études avaient déjà étudié cette possibilité, ce rapport est le premier émanant d’institutions reconnues mondialement pour leur capacité de modélisation.

Si la feuille de route énergétique de la France – la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) – trace la voie à suivre jusqu’à 2028, le pays devra ensuite arbitrer entre plusieurs options. Aujourd’hui, environ 70 % de l’électricité est issue du nucléaire, et donc largement décarbonée. Mais d’ici à trente ans, la quasi-totalité des réacteurs construits dans les années 1980 et 1990 auront été mis à l’arrêt.

Or, pour respecter ses engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat, la France s’est engagée à atteindre l’objectif de neutralité carbone d’ici à 2050 en misant notamment sur un recours accru à l’électricité. Elle devra donc faire un choix, rappelle le rapport : remplacer certains réacteurs en fin de vie par de nouveaux, ou substituer intégralement ces réacteurs par des énergies renouvelables.

Des conditions « cumulatives »

Cette seconde option, qui n’a encore jamais été mise en œuvre à grande échelle, a jusqu’ici suscité un fort scepticisme notamment chez les partisans du nucléaire. « Le débat français n’ayant pas permis de parvenir à un consensus sur la possibilité globale d’un futur système électrique fondé uniquement sur les énergies renouvelables, la première étape consiste à évaluer si un tel système pourrait être techniquement réalisable », écrivent ainsi les auteurs de l’étude.

Dans ce document, RTE et l’AIE identifient quatre conditions pour faire fonctionner un tel système énergétique : il faudra compenser la variabilité des énergies éoliennes et solaires (qui seront alors les principales sources de production d’électricité), maintenir la stabilité du réseau, être capable de reconstituer des réserves et des marges d’approvisionnement et, enfin, faire évoluer considérablement le réseau électrique. « Ces conditions sont strictes et cumulatives, insiste Xavier Piechaczyk, le président du directoire de RTE. Il faut toutes les remplir pour que ce soit gérable. »

Le principal défi pourrait se résumer ainsi : comment éviter les pannes d’électricité les jours ou les semaines sans vent ?

Le principal défi pourrait se résumer ainsi : comment éviter les pannes d’électricité les jours ou les semaines – voire les années – sans vent ? A la différence d’un réacteur nucléaire, un parc éolien ou une centrale solaire dépendent des conditions météorologiques et de l’alternance jour-nuit, et ne produisent pas en permanence le même volume d’électricité. Pour RTE et l’AIE, garantir la sécurité d’approvisionnement nécessite de développer de nouvelles technologies : des centrales électriques pilotables permettant de faire face aux pics de consommation et fonctionnant avec de l’hydrogène ou du biogaz, issu de déchets agricoles ; des installations de stockage à grande échelle (notamment des batteries) ; et des réseaux électriques plus développés et interconnectés.

Il faudra également que la demande d’électricité soit plus flexible, par exemple grâce à l’utilisation des batteries de voitures électriques équipées de systèmes de charge « intelligents ». « En 2050, il devra y avoir entre 40 et 60 gigawatts de capacité pilotable décarbonée supplémentaire pour gérer cette variabilité, précise Xavier Piechaczyk. Cela nécessite une feuille de route très volontariste au niveau européen pour que les décideurs et les industriels se mettent en marche. »

Des « défis industriels »

Concernant la stabilité du système électrique, le rapport fait état d’un consensus scientifique sur l’existence de solutions technologiques pour maintenir une fréquence de 50 hertz en l’absence de moyens de production conventionnels. Il souligne toutefois la nécessité d’accélérer l’innovation. « Il y a des défis industriels importants à relever, note le patron de RTE. Passer du prototype à une solution qui fonctionne en vrai, ce n’est pas rien. Et il faudra ensuite déployer ces solutions à grande échelle. » Autrement dit : une partie des solutions présentées dans le rapport n’ont jamais été expérimentées à grande échelle.

Les réseaux devront être développés, adaptés et restructurés en profondeur après 2030

Les réseaux devront également être développés, adaptés et restructurés en profondeur après 2030. L’électricité d’origine éolienne ou solaire sera notamment répartie de façon plus diffuse sur le territoire qu’un système basé sur des centrales nucléaires ou thermiques. L’acceptation par la population de ces nouveaux raccordements sera un élément décisif des transformations nécessaires, soulignent RTE et l’AIE, qui appellent en conséquence à des décisions et à une planification rapides sur ce sujet.

Enfin, l’étude explique qu’il faudra améliorer la capacité à prévoir précisément la production des énergies renouvelables, et notamment celle du photovoltaïque. Une meilleure visibilité permettra de réduire les besoins en réserves permettant de faire face à une baisse brutale de la production ou une hausse subite de la consommation. Autrement, cette capacité de réserve devra croître considérablement.

« Ce document sera une contribution majeure à la première feuille de route mondiale pour atteindre zéro émission net en 2050, que nous allons publier avant la COP26 sur le climat de Glasgow », ajoute Fatih Birol, le directeur général de l’AIE, qui voit s’installer depuis quelques années la montée fulgurante des énergies renouvelables. Quel que soit le scénario choisi par la France – avec ou sans nucléaire –, l’éolien et le solaire joueront une place prépondérante dans la production d’électricité.

Source:

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Si quelqu’un trouve l’étude en PDF ca m’intéresse, rien trouvé sur Twitter ou À la une | Ministère de la Transition écologique

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Étude dispo sur le site RTE RTE et l’AIE publient leur étude sur les conditions d'un système électrique à forte part d’énergies renouvelables en France à l’horizon 2050 | RTE
Je perçois en filigrane… C’est faisable (faudrait pas frustrer les partisans ni les contribuables qu’on saignent depuis des années…) MAIS (et tout ce qui est avant le « mais » ne compte pas;-) gros defis techniques et industriels pas forcément atteignables dans le délais (moins de 10 ans en gros) et avec un GROS chèque (donc prix électricité qui va s’envoler) nécessaire!
Consultation publique prévue. Le SHIFT devrait (DOIT) y contribuer ;-). Sinon des organisations comme negawatt, Greenpeace, le CIRED (avec leur nouveau modèle de simulation 100% pour pas cher…) vont le faire eux… Un membre du CA pourrait nous informer de la ise en place de cette initiative ?

Par ailleurs, je comprends pas l’AIE qui le lundi précise que le nucléaire à un rôle important à jouer dans la transition car moyen bas carbone et que la France à une carte à jouer. Et le mardi annonce que le 100% c’est la vie…

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Je crois que les deux signataires de l’étude marchent sur des oeufs, d’où le message à double-sens :

  • l’AIE joue un rôle de conseiller du prince : en pratique il fait la danse du ventre pour inciter les pays à suivre ses préconisations. Actuellement, ça consiste à montrer aux gouvernements du monde entier quelles politiques ils doivent mettre en oeuvre pour respecter l’accord de Paris. Et comme certains pays ne veulent pas entendre parler de nucléaire, il faut bien leur proposer une voie alternative.
  • Rte est en charge de la mise en oeuvre de la politique énergétique du pays. S’il annonce « je ne sais pas faire ce que vous me demandez », alors il perd sa légitimité et son monopole est menacé.

En première lecture, le message, c’est : « si vous voulez aller dans cette voie des EnRi tout en en visant la neutralité carbone, alors oui c’est possible en théorie, mais ça ne sera pas du gâteau. » D’où la proposition de lancer un débat public pour vérifier que la société civile est prête à accepter un tel projet.
À noter, le commentaire du Monde sur l’arrêt de la quasi-totalité des réacteurs nucléaires d’ici trente ans est un sacré raccourci. Il aurait été plus neutre de parler de fin de durée de vie de conception.

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C’est possible, s’il nous reste assez de métaux bon marché. Lors que le coût des métaux explosera, on sera bien content avec notre super stratégie 100% électricité renouvelable.
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bonjour Paul, ce sujet m intéresse, auriez vous un lien vers cette présentation ou un rapport ou livre à me conseiller (autre que bihouix vidal ) ? merci Jérôme

Voici la vidéo en question sur la chaine du Shift Project Webinaire #2 - Ressources : approche systémique, avec Olivier Vidal (04/11/2020) - YouTube

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Résumé du résumé du récent rapport de RTE et de l’IEA, qui pose les bases méthodologiques pour les futurs études qui incluront des forts taux d’énergies intermittentes.

« Ce rapport n’apporte pas la preuve de la faisabilité d’un mix sans nucléaire, il établit le cahier des charges qu’un tel mix devra vérifier du point de vue de la stabilité du réseau. Et ce faisant, il laisse penser que la plupart des études publiées sur des mix électriques 100% renouvelables doivent revoir leurs copies si elles veulent être crédibles. »

Commentaire de Daniel Suchet, Assistant Professor (Maitre de conférence), Ecole polytechnique:

Il y a quelques jours, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité Français (RTE) et l’Agence Internationale de l’Energie (IEA) ont sorti un rapport attendu depuis longtemps sur la faisabilité technique d’un mix électrique 100% renouvelable. Ce document pose les conditions auxquelles une proposition sans nucléaire sera crédible du point de vue de la stabilité du réseau. C’est une excellente nouvelle : grâce à ce travail, on pourra enfin comparer des options comparables, et sortir le débat de l’impasse dans lequel il tombe trop souvent :

  • ‘‘ ton scénario, il est nul, il fait des déchets nucléaires"

  • ‘‘peut être, mais le tien, il permet pas d’avoir un réseau stable’

  • ‘‘ si, il peut ’’

  • ‘‘non, il peut pas’’

  • ‘‘ si, il peut’’

Ce rapport n’apporte pas la preuve de la faisabilité d’un mix sans nucléaire, il établit le cahier des charges qu’un tel mix devra vérifier du point de vue de la stabilité du réseau. Un cahier des charges exigeant, mais pas impossible. Et ce faisant, il laisse penser que la plupart des études publiées sur des mix électriques 100% renouvelables doivent revoir leurs copies si elles veulent être crédibles.

En effet, les études sur des mix 100% renouvelables ont souvent une approche « perturbative » : elles font comme si on pouvait changer les modes de production sans changer grand-chose au fonctionnement du réseau, et utilisent (en version très simplifiée) les critères de stabilité pertinents pour le réseau actuel. Par exemple, l’ADEME ou Negawatt se contentent de vérifier heure par heure sur un an qu’on a bien la quantité de production suffisante pour assurer la demande. Sauf que :

  • Le critère de stabilité horaire n’est plus suffisant dans un mix où on a considérablement réduit la force du réseau, c’est-à-dire sa capacité à résister à un déséquilibre. Il faut donc rajouter des solutions pour assurer un minimum d’inertie du système (résultat clé 1), qui ne sont en général pas prises en compte.
  • Compte tenu de la variabilité de la production renouvelable, il faut prévoir des solutions de flexibilité pour pouvoir ajuster l’offre à la demande et la demande à l’offre. Un mix 100% renouvelable a besoin de beaucoup de flexibilité, ce qui n’est bien sûr pas une surprise (point clé 2). Il faut cependant souligner un point méthodologique souvent absent des études : les besoins peuvent varier beaucoup d’une année à l’autre, du fait de l’impact des conditions météorologiques sur la consommation (chauffage, clim…) et sur la production. Il ne suffit donc pas de s’assurer que tout va bien sur 365 jours, il faut vérifier que la conclusion tient toujours avec un mois de Février plus froid, ou de Juillet moins chaud. Pour mémoire, RTE fait tourner ses simulations sur 200 années avec des conditions météo différentes.

La variation inter-annuelle, due à la variabilité climatique de la production et de la consommation, est facilement oubliée.

  • A cause des incertitudes de la production et de la consommation d’électricité, il faut garder de la réserve sous le coude pour pouvoir ajuster l’équilibre au besoin. Ce besoin de réserve se rajoute au dimensionnement du parc, mais passe sous le radar de l’équilibrage horaire, qui considère qu’on sait parfaitement ce qui se passe à chaque instant. Or dans l’état actuel de nos capacités de prévision, le besoin de réserve serait très significatif dans un mix 100% ENR (14 fois le besoin actuel) (résultat clé 3).

Les barres colorées représentent la marge de puissance qu’on doit garder disponible 15 minutes avant l’heure h à cause de l’incertitude sur la production et sur la consommation. La ‘measurability’ représente la qualité de la prévision.

  • Les infrastructures du réseau doivent être adaptées à un mode de production très différent du modèle actuel. Contrairement à ce qu’on imagine parfois, une production décentralisée ne veut pas forcément dire « consommation locale ». Si on veut bénéficier du foisonnement (il fait soleil là bas quand il y a des nuages ici et vice versa), il faut au contraire renforcer l’ossature du réseau de transport. Il faut également adapter le réseau de distribution, aujourd’hui principalement descendant (du réseau de transport vers le consommateur) et qui devra demain assurer des échanges dans les deux sens (remonter la production locale vers le réseau de transport) (résultat clé 4). Or la plupart des scénarios négligent le coût d’adaptation des réseaux.

A l’heure actuelle (ligne bleue claire), en été, l’axe Nord-Sud du réseau de transport est bien dimensionnée pour transporter l’électricité du Sud vers le Nord. Dès 2035, avec seulement 50% d’énergie renouvelables, le surplus de production PV au Sud en été risque de saturer la ligne.

La bonne nouvelle, c’est qu’aucun de ces points n’est impossible à résoudre. Mieux, pour chacun de ces problèmes, il existe des perspectives de solutions techniques, déjà matures ou en cours de développement. Mais il faut absolument tenir compte de ces 4 points pour estimer les coûts complets, économiques et écologiques, d’un scenario 100% renouvelables, et il faut absolument estimer ces coûts pour savoir si la proposition est réellement faisable ou non.

Le rapport le dit clairement : on ne peut pas se contenter du coût de production de l’électricité par les panneaux solaires et les éoliennes (LCOE), il faut des indicateurs qui tiennent compte de l’ensemble du système.

Typiquement, si la prise en compte des 4 points clés du rapport rajoute un surcoût de 1000 €/MWh, alors la proposition est techniquement possible, mais certainement pas souhaitable. On retrouve l’inévitable trilemme énergétique : Transition énergétique de A à Z - YouTube.

Source:

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Pour info voici l’avis de JMJ sur cette étude: Jean-Marc Jancovici on LinkedIn: Le rapport RTE-AIE sur la faisabilité d'un mix électrique avec uniquement | 209 comments

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J’ajoute un article paru dans l’European Scientist intitulé La terrible loi de Brandolini et le mythe du 100% renouvelable
et un article à propos du jugement préliminaire du Tribunal Administratif de Paris sur « l’affaire du siècle » Le Mont Champot: Dont acte
J’ajoute que l’étude demandée par le ministère de l’environnement portait sur les conditions de la seule faisabilité du 100% renouvelable (ce n’est manifestement pas gagné comme JMJ le souligne) et non sur son utilité face au besoin de réduction drastique de nos émissions de GES (à diviser par 5 d’ici 2050), ni sur son acceptabilité sociale.
L’acceptabilité sociale dépend notamment de son coût final pour les Français. Mais à ce jour nous ne disposons même pas d’un ordre de grandeur !
Et pour cause, certaines technologies évoquées n’existent pas encore et on ne s’intéresse qu’à une faisabilité théorique sans dimensionner les besoins (capacité de stockage), dire comment on les satisfera et avec quel moyens, où seront implantées les nouvelles unités de production d’EnR et de stockage à grande échelle de l’énergie (barrages, usines de production et stockage de l’hydrogène) et les nouvelles lignes de transport de l’énergie, et combien tout cela coûtera au final aux Français et à l’économie de la France.
Mais au vu des coûts déjà engagés (121 Mds€ dans les tarifs d’achat et compléments de rémunération des seuls contrats d’EnR passés avant 2018) et à venir d’ici 2030 (102 Mds€ pour renforcer les réseaux électriques), comme souligné dans l’article Le Mont Champot: Le TURPE nouveau est arrivé , on peut deviner qu’ils seront de plusieurs centaines de milliards d’euros. A payer par les Français à travers une augmentation régulière et significative du prix de l’électricité.
C’est étonnant de voir comment ces augmentations régulières et importantes du prix de l’électricité ont été acceptées avec placidité et fatalisme jusqu’ici alors qu’une augmentation annoncée de 0,06 €/litre des taxes sur les carburants (60 € pour une consommation annuelle de 1 000 l) a été l’étincelle qui a provoqué la longue, coûteuse et douloureuse crise des gilets jaunes. Le jour où les Français se réveilleront ils s’indigneront de ce gaspillage alors qu’il y avait tant de possibilités pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique et protéger les plus fragiles d’entre-nous qui sont les premiers à en subir les conséquences.
Les conséquences sur la compétitivité de notre industrie ne semblent pas davantage préoccuper nos politiques. Et tout ça pour transformer profondément notre système de production électrique qui représente environ 4,5% de nos émissions de CO2 sans les réduire significativement !
Quand on aura engagé des centaines de milliards d’euros supplémentaires et inutiles pour cette transformation de notre réseau électrique combien nous en restera-t-il pour réduire drastiquement les 95% restants de nos émissions actuelles ?
Au vu de l’opposition de plus en plus radicale contre les projet éoliens, fondée sur les conséquences humaines et économiques très concrètes dénoncées par ceux qui sont déjà exposés à leurs nuisances, le triplement de notre capacité de production éolienne, prévu par le PPE, relève d’un aveuglement coupable de notre personnel politique. Sans compter les nuisances liées au renforcement des réseaux de transport de l’électricité.

Alors tendre vers le 100% renouvelables est peut-être faisable (sous toutes réserves) mais certainement pas souhaitable.

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Je pense que tout a été dit, même si je pense que l’on peut ajouter une chose. L’étude semble, en effet, insister assez souvent sur le fait qu’une montée en puissance à hauteur de 40-60% d’EnR est faisable à un coût modéré, tant sur l’aménagement des réseaux de distribution que sur les moyens à mettre en place pour stabiliser le réseau. C’est après que les coûts explosent et que la rupture technologique est nécessaire.

Enfin, le réseau haute tension doit quoi qu’il arrive (c’est écrit tel quel) être renouvelé. De ce fait, autant y intégrer un maximum d’électricité EnR qu’il est raisonnable de faire. Et RTE semble mettre, encore une fois, en avant cette tranche entre 40 et 60%.

Pour celles et ceux qui hésitent à lire le rapport car ils ont peur que ce soit technique : c’est tout l’inverse. Le rapport est accessible à tout le monde, malgré quelques petits paragraphes techniques. La prose est bien faite et les concepts bien expliqués, avec un point résumé en fin de chaque partie.

Je vous rejoins, un 100% EnR c’est en théorie faisable, mais

  • il va falloir passer ce gap technologique

  • Il va falloir allonger les biftons. Les 660 milliards du CIRED (22 milliards/an sur 30 ans me semble-t-il) c’est sans aménagement du réseau ni d’une partie des flexibilités à mettre en place.

Bon courage…

Il est peut-être possible d’augmenter encore la part des EnR dans notre production électrique mais à quel coût (pour mémoire l’article que je cite « Le TURPE nouveau est arrivé » annonce déjà 102 Mds€ pour le seul renforcement de notre réseau électrique d’ici 2030) et pour quelle réduction de nos émissions de GES ?
De combien pouvons-nous espérer réduire nos émissions de GES en remplaçant une énergie décarbonée et pilotable (le nucléaire) par une énergie également décarbonée mais non pilotable (l’éolien et le photovoltaïque) ?
Quelle est l’incidence prévisible sur le coût de l’électricité ?
Ne faudrait-il pas tenir compte de l’analyse des cycles de vie et des émissions réelles de GES/MWh des différentes sources d’énergie ?
Ne faudrait-il pas, vu l’urgence climatique, faire nos choix stratégiques à partir d’une analyse pragmatique fondée sur le rapport efficacité/coûts en matière de réduction de nos émissions de GES ainsi que sur la faisabilité réelle plutôt que sur des considérations idéologiques ?
Pour mémoire l’objectif fixé par la loi TECV de 2015 de ramener la part du nucléaire à 50% de notre production électrique n’a aucune justification autre qu’idéologique. C’est un chiffre sorti du chapeau.

Ce qui pourrait être intéressant dans une optique d’aider à la décision, ça serait de mettre en face ce qui pourrait être accompli d’un point de vue global en investissant dans le 100% EnR VS un 50% nucléaire / 50% EnR. Par exemple, avec le gain financier, peut-on investir dans la mobilité douce, dans l’hydrogène, dans la rénovation des bâtiments etc?

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C’est ce que tu donnes le TRE :grin::+1:

Je pense que l’étude de RTE apporte quelques réponses à tes questions ou, du moins, des pistes de réflexion non ? Parce qu’il est répété plusieurs fois que les (nombreuses) limites des EnR ne se voient pas trop jusqu’à 50% d’EnR et que le coût de développement serait raisonnable eu égard du réseau actuel (ils ne rentrent pas dans le détail).

On est totalement en phase là-dessus.

Quelqu’un sait il comment les Allemands comptent se débrouiller sans nucléaire ni fossile ?

Avec une balance commerciale excédentaire puis du gaz je pense de mémoire puis taulage comme tous les autres. Après (cf autre sujet du forum) je pense qu’ils se préparent à un monde pas super sympathique.

Pour répondre à Kaldebaran je ne vois pas où l’étude RTE-AIE apporte des réponses à mes questions de base. En revanche la simple lecture du rapport RTE 2019 apporte les réponses suivantes :

A fin 2019 nous avions 16 494 MW d’éolien + 9 435 MW de photovoltaïque pour 2 997 MW de charbon (source rapport RTE 2019). Malgré le rapport de 43 entre la puissance installée éolien+PV et la puissance d’une seule de nos 5 dernières centrales au charbon de 600 MW l’unité nous sommes actuellement dans l’incapacité d’en fermer une seule puisqu’il y a un risque avéré de black-out en hiver dès que la température moyenne de la France tombe sous zéro.

Ces centrales au charbon, bien que ne produisant que 0,30% de l’énergie électrique produite en 2019, sont notre ultime ressource pour assurer la continuité de l’alimentation de la France lors des pointes hivernales de consommation, avec une très faible marge comme nous venons de le voir. Ce sont des usines qui fonctionnent suivant le cycle de Carnot et elles doivent fonctionner à une puissance minimale pour pouvoir être instantanément disponibles en cas de besoin (condenseur sous vide, circuits et turbine en température). Il en est de même pour les centrales au fioul qui fonctionnent aussi suivant le cycle de Carnot (0,43 % de l’énergie électrique produite en 2019).

Le facteur de charge de nos centrales au charbon n’est que de 6,1 %, soit une production équivalente à 22 jours à pleine puissance par an, alors que ce sont des usines nécessitant des équipes permanentes pour en assurer l’exploitation. Ce facteur de charge peut difficilement être encore réduit.

Conclusions :

1 - Le développement des EnR n’a donc pour effet que de diminuer l’énergie produite par les barrages et le nucléaire.

2 - Remplacer des sources bas carbone et pilotables par des sources bas carbone et non pilotables ne permet, en France, aucun gain en matière de GES.

La poursuite du développement des ENR pour la production électrique de la France n’a, au mieux, aucun impact positif sur la réduction de nos émissions de GES.

Si, en plus, il est nécessaire de faire fonctionner des turbines à gaz pour pallier leur grande variabilité, alors elles ont pour effet d’augmenter les émissions de GES plutôt que de les diminuer (voir l’article Et si les éoliennes augmentaient les émissions de CO2 en France ? ).

C’est exactement l’inverse du discours ressassé par les organisations anti-nucléaires (voir l’exposé de leurs motifs dans « l’Affaire du siècle »).

C’est l’imposture des « verts » qui utilisent le réchauffement climatique pour mettre la priorité sur le développement à grande échelle des EnR dans notre production électrique bien que celle-ci représente moins de 5% de nos émissions de GES. Cette « priorité » n’a rien à voir avec l’objectif annoncé de réduction de nos émissions de GES.

Nous ferions mieux de ne plus les écouter et d’investir dans des solutions efficaces pour réduire rapidement nos émissions de GES liées aux transports, à l’industrie, au résidentiel, au tertiaire et à l’agriculture (89 % des émissions de GES de la France).

C’est parfaitement possible dès maintenant et nous pourrions atteindre les objectifs de 2050 beaucoup plus vite que prévu. Je peux en témoigner à titre individuel.

Non, effectivement, je n’ai pas été assez attentif et les questions que tu as soulevé ne trouvent pas de réponse dans cette étude. D’autres articles amènent des points de vue complémentaires, ils sont à lire pour avoir une vue + globale. Je pense notamment aux travaux du CIRED.

L’étude de RTE se concentre sur le volet technique, or tes questions tournent surtout autour du coût et des émissions de GES, ce que l’étude ne regarde pas. Les questions sont tout à fait légitimes, notamment du point de vue des Shifters, mais c’est difficile de juger d’un article sur des sujets qu’il ne prétend pas aborder. L’article se propose de répondre à la question : est-ce faisable de développer un scénario 100% EnR ? La réponse semble être « oui, mais… » et beaucoup de mais. L’article ne se propose pas d’étudier la pertinence d’un tel scénario vis-à-vis des GES, ni de comparer ses coûts avec un scénario 50-50 Enr-nucléaire.

J’aime beaucoup cette proposition en tout cas.

Grâce à tes constatations, j’ai du mal à voir comment tu peux arriver à cette conclusion.

L’étude ne se propose pas de répondre à cette question malgré toute sa légitimité. Un scénario 100% EnR présente tout de même des avantages non négligeables, tels que la non dépendance à un combustible (même s’il reste la dépendance aux métaux divers et variés), produire peu de déchets toxiques, avoir un réseau moins sensible à la perte d’un élément important,… il y a bien d’autres avantages, mais je ne suis pas bien placé pour en parler.

Ton discours est tout à fait entendable et je pense, modulo quelques ajustements, la même chose. Mais la plupart de ton propos n’est pas l’objet de l’article me semble-t-il