Un étude de l'ADEME de 2015 a validé un système électrique français 100% ENR sans NUC. A-t-elle été critiquée par J.M. Jancovici?

Bonjour ,
Je suis tombé après avoir relayé auprès d’amis les critiques faites récemment aux assertions de Jean-Luc Mélenchon sur son blog « L’ère du peuple », voulant étayer un peu plus mon argumentation, sur une étude de l’ADEME de 2015. Je l’ai survolée. Elle est à priori précise et examine la question de la couverture de la demande au pas horaire sur des périodes froides. Elle valide un système 100% ENR et sans NUC. Elle examine également des propositions avec une couverture ENR inférieure à 100%. Les courbes sont assez similaires à la fin avec un trait de consommation qui flirte avec la capacité de production sans la dépasser.
Après l’avoir lue, la principale critique que je lui ferais est de s’être limité dans l’histoire climatique à des évènements récents sans être aller chercher des années réellement hors norme. On pourrait répondre à cette objection qu’à situation hors norme, réponse hors norme avec par exemple un rationnement assumé.
Bref, cette étude presqu’ancienne maintenant (elle date de 6 ans) a-t-elle été lue et critiquée par Jean-Marc Jancovici puisqu’elle le contredit lorsqu’il affirme qu’un système à base d’ENR n’est pas viable en période de froid sans vent ?
(J’ajouterais qu’un graphique m’a interrogé qui montrait qu’une production d’énergie (il faudrait d’ailleurs dire une captation) stockée suivant la fillière power to gas, était restituée décalée dans le temps sans que n’apparaisse le delta consécutif au rendement inférieur à 1 de la transformation.)
Cette étude en tout cas n’exprime aucune des réserves et des précautions de langages que la récente étude RTE AIE a montré.

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Bonjour
La question que tu abordes ici m’a intéressé parce qu’elle fait écho à une critique fréquente de JM Jancovici et donc du Shift, critique qui dépasse les limites d’écologistes raidis contre le nucléaire et peut nous desservir dans ce que nous essayons de faire.
Quand j’ai pris connaissance des interventions de JM Jancovici puis du Shift, je n’ai pas eu de réaction hostile à la nécessité temporaire du nucléaire. J’étais pourtant auparavant franchement antinucléaire, en ayant toutefois été sensibilisé au coût carbone de la production des panneaux solaires. Je me suis demandé pourquoi j’avais été aussi rapidement convaincu par le raisonnement de JM Jancovici alors que je je ne suis pas de formation ingénieur. Je crois que c’est du fait de ma formation sociologique. Je pense que lorsqu’on s’est confronté à une démarche scientifique quelle qu’elle soit, on adopte une pensée systémique qui incite à prendre en compte la complexité et à dépasser « ce qu’on a envie d’entendre » au profit du " et si ça permettait de mieux comprendre".
Autrement dit cela m’amène à penser que les critiques faites à une pensée qui prend positivement en compte l’énergie nucléaire dans la décarbonation ne relèvent pas de la rationalité mais bien plutôt d’ancrages imaginaires et que le raisonnement a peu de prise en la matière. Je m’interroge donc sur la façon dont nous pourrions éviter que l’image du Shift ne soit pas assimilée à un lobying pro-nucléaire ou au moins qu’elle soit peu attractive pour certaines personnes parce qu’elle n’est pas prioritairement énergies renouvelables.
J’ai fait quelques recherches par mots clés sur le Shift et j’ai trouvé peu d’éléments sur les énergies renouvelables. Serait-il intéressant que nous accordions plus d’importance à ces aspects pour favoriser des convergences. Il ne s’agirait pas en l’occurrence de tenter de convaincre par un argumentaire rationnel mais de soutenir une image qui facilite ces convergences.

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Bonjour François,

Je crois qu’il y a eu pas mal d’études du genre, mais si c’est celle à laquelle je pense, je dirais qu’il faut faire attention à :

  • la quantité d’électricité produite (530TWh en 2019, besoin a priori en hausse pour électrifier la mobilité et le chauffage; est-ce que l’ademe ne prévoit pas une demande en baisse?)
  • stockage (si on a du stockage avec 100% de restitution il faut se poser des questions). Quelles sont les quantités stockées?
  • le nombre d’éoliennes et de panneaux? Réaliste?
  • les points d’attention du rapport de RTE qui est sorti il y a quelques semaines sur le sujet, qui nécessitent de « gros travaux de R&D » pour être techniquement possibles…

La plus grosse critique à faire sur cette étude est sur ses hypothèses : au finale, tout ce que l’on peut retenir de ce papier est que si toutes les hypothèses (pour la plupart plutôt ambitieuses et peu étayées) sont remplies, alors ça devient possible.
En gros c’est comme de dire « si la fusion est possible à une échelle suffisante pour pas cher en 2050, alors un mix 100% fusion est possible en 2050 »… mais ça ne dit pas si 1) ce sera possible, 2) à temps, 3) à grande échelle, 4) pour quelle demande, 5) pour quel prix, 6) avec quel financement, 6) si ce sera accepté, etc…

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Je suis d’accord avec vous tous. Avec @Dubreuil d’abord, effectivement je crois que nous ne devons pas apparaitre comme des opposants aux ENR et favoriser les convergences la-dessus tout en montrant leur limites et en soulignant la difficulté de la mise en oeuvre aux échelles que supposent ces études. Celle de L’ADEME suppose la mise en place de 50 000 éoliennes terrestres. Si on imagine que la moitié de la France ne pourra en accueillir (zones urbaines, zones montagneuses, zones protégées) sur les 250 000 km2 restant ç en fait une tous les 5 km2, et une grande, 150m de hauteur ! L’ADEME souligne d’ailleurs dans cette étude que « l’éventuelle » problème d’acceptabilité que ça pose amène à envisager une solution à moindre taux d’ENR.

Concernant le stockage, apparemment le foisonnement de l’offre et les reports de consommation par décalage associé au pilotage des batteries y compris celles de voitures (possibilité de déstocker partiellement) suffisent à proposer un système robuste dans les conditions des années étudiées.

Concernant ce que dit @GuillaumeB , je suis encore d’accord et on ne peut que constater que la seule chose qu’ait pu faire Macron a été de reculer le montant de franchir la marche en en augmentant la hauteur. Ce qui rend d’autant plus difficile son franchissement. Rapidement on va s’apercevoir qu’il n’est plus crédible d’envisager des rythmes de décroissance énergétiques compatibles avec le zéro émission nette en 2050. Le choc économique et social sera trop important. Les occasions perdues ne se retrouvant pas, nous n’aurons pas d’autre solution, et peut être malheureusement, que de consentir au nucléaire.

Merci de ta réponse François. Je pense important que le shift reste soucieux des risques de déformations de son image par association au lobbying nucléaire et que pour cela il visibilise suffisamment a contrario sa
se prise en compte de l’ensemble des sources d’énergie sans émission carbone. Je suis assez d’accord avec ta conclusion relative aux occasions perdues et la nécessité alors de consentir au nucléaire. Encore pire, on pourrait imaginer que le gouvernement français délaisse partiellement le nucléaire sur un mode démagogique et rende encore plus difficile l’atteinte des objectifs de décarbonation. Le projet Hercule est très inquiétant à ce sujet. Cela semble de nouveau un abandon devant les règles de la commission inspirées par un néo-libéralisme calamiteux en la matière. L’émission de France culture d’hier était particulièrement intéressante à ce sujet.

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