Réindustrialiser la France: faut-il y croire?

Le tissu industriel de la France s’est en grande parti évaporé au cours des 50 dernières années. Il y a aujourd’hui une sorte de consensus pour envisager une réindustrialisation. Evidemment, les industries qui seraient rapatriées n’auraient pas les caractéristiques énergétiques de celles qui ont disparu. La sidérurgie ne retrouvera certainement jamais le volume qu’elle avait en 1980. Pourtant, il n’y a pas d’industrie sans énergie. Diminuer notre dépendance industrielle aura pour corollaire une augmentation des besoins énergétiques
Réindustrialiser la France : quelqu'un s'est-il posé la question de l'impact énergétique de ce projet économique?

Vous y croyez vous à la réindustrialisation ? C’est juste des larmes de crocodiles de quelques politiques pour occuper l’espace médiatique.
Une partie des usines qui se sont mises à fabriquer des masques suite à Covid ont du mal à écouler leurs stock de masques car on a recommencé à acheter en Chine.

Notre commissaire au plan a fait « Lettre » et n’a jamais mis les pieds dans une usine.
Notre ministre de l’industrie a fait HEC et l’ENA. Elle a découvert l’industrie et les usines en devenant ministre.
Qui a vendu Alsthom à GE ?
Rappelez-vous qu’un certain ministre du redressement productif était … avocat ! On a vu ses performances.
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Pour développer l’industrie en France, il faudrait déjà que nos gouvernants et politiques connaissent un peu l’industrie. Ce n’est pas/plus le cas.

Je suis dans l’industrie et ne crois pas une seconde à cette « réindustrialisation ». On va déjà essayer de ne pas fermer le peu d’industrie qu’il reste en France, et c’est déjà pas mal avec Covid.

L’impact énergétique sera donc faible. :slight_smile:

Note de modération: Le débat est très intéressant mais comme on s’éloigne vraiment de la question initiale, le sujet a été divisé en deux.

À ce compte là, je ne crois pas que notre société réussira l’immense tâche qu’est le decarbonation et l’adaptation au changement climatique…
On peut croire que rien ne changera, penser légitimement que cela soit le scénario le plus réaliste.

Mais, le but de cette transition n’est-il pas justement de construire un nouveau récit qui nous permettrait de faire face aux changements à venir ?

Donc, réaliste ou non, il faut à tout prix croire que l’on y arrivera, que la France se reindustrialisera, que la société se décarbonnera, …

Il faut donc se placer dans un cadre de pensée optimiste et promouvoir toutes les solutions et politiques qui vont dans le sens de decarbonation et de la résilience.

Donc, OUI il faut croire à la reindustrialisation et tout faire pour militer pour cette idée, de la même manière que nous militons pour la decarbonation.

Pour revenir à la question initiale, j’ai bien peur que la reindustrialisation ne fasse pas partie de tout les jolis scénarios 100% ENR que l’on peut croiser…

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Si nous pouvions déjà réussir la décarbonation de la France, sous-entendu avec les pays ayant les usines faisant la même chose, ce serait déjà pas mal. :slight_smile:

Mon expérience industrielle avec démarrage/déplacement d’usine me fait dire qu’on ne revient jamais en arrière, ou à la marge. C’est tellement compliqué de démarrer une usine en France que tous les industriels « mobiles » vont simplement continuer de faire ce qu’on les oblige à faire. Il y a 15 ans, j’avais monté une très grosse MAJ d’un dossier d’autorisation à exploiter. C’est juste abominable avec des tonnes de paperasses, de procédures administratives et surtout des délais monstrueux.

Ca m’étonnerait beaucoup que cela soit plus simple aujourd’hui qu’il y a 15 ans, à fortiori avec Lubrizol qui a rajouté une nouvelle couche de paperasses et d’obligations par-dessus l’existant.

Je vois ce que tu veux dire, néanmoins tout n’est peut-être pas figé ?
Il suffirait que le prochain gouvernement ai quelques personnes prêtes à mettre un bon coup de balais sur toute les procédures et simplifier tout pour qu’il soit possible de relancer une industrialisation moderne et durable.

Mais il est clair que cela ne se fera pas en un jour, pas avec le gouvernement actuel et qu’il faudra du courage politique/économique pour changer les choses.

Pour info, il y a pas mal de gens qui commencent à bien se bouger pour promouvoir le made in France : Arnaud Montebourg, Nicolas Meilhan, Yves Jego, …

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Je suis d’accord.
Mes expériences industrielles les plus récentes sont également un peu lointaines, en 2003 Snecma en France puis en Chine mais effectivement, l’écart entre le discours publics et les faits se compte en années lumière.
Relocaliser, c’est très long, très couteux et ferait in fine baisser les dividendes des actionnaires… Qui est partant ?
Les mesures politiques sont-elles prises, de manières générales, en faveur du capital humain ou en faveur des dividendes au cours de ces dernières décennies ? :thinking:

JMJ aborde dans ces vidéos l’aspect réalité des faits vs discours médiatiques ou politiques. C’est un bruit, le discours public, qui sans doute nous distrait dans les 2 sens du terme : nous occupe l’esprit et nous éloigne de la réalité.

Lubrizol avait à peine 1 ans que la machine à légiférer tournait déjà à fond avec publication au Journal Officiel : https://www.cyrus-industrie.com/2020/evolutions-de-la-reglementation-icpe-suite-a-lincendie-de-lubrizol-concernant-les-stockages-de-matieres-combustibles-et-inflammables/ Qui peut croire que les nouveaux textes puissent être bon en réagissant aussi rapidement ?
Qui va payer pour remplacer les IBC en PE par des containers métalliques ?

Le problème est que bons nombres de textes servent surtout à montrer que le politique s’est occuper d’un sujet. C’est de la communication. Il faut donner l’illusion que le politique a fait quelque chose. Que les textes soient, ou pas, applicables et appliqués, est le cadet des soucis du politique. Le politique fait de l’affichage et cherche un coupable (ce salaud de patron qui n’aurait pas respecté la loi afin engraisser ses actionnaires).

Croyez-vous que la prochaine usine de Lubrizol sera encore en France ?

Attention, je ne dis pas qu’il faut faire n’importe quoi. Mais, il ne faut pas confondre la gesticulation politico-médiatique avec la gestion du risque & l’amélioration de la sécurité des installations.

Apparemment, François a lancé un sacré débat.
Pour avoir lu les contributions, je suis plutôt d’accord avec Yoann. Ce qui ne veut pas dire que le point de vue apparemment opposé ne soit pas intéressant. Entre idéalistes/réalistes, optimistes/pessimistes, comment dégager une ligne de conduite Shifter. Ce que j’ai personnellement retenu de notre état d’esprit, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’espérer pour agir. Et ce que j’ai retenu de Janco, c’est que le monde des entreprises et donc le monde du travail vont être profondément bouleversés, qu’ils commencent à l’être, que nous y contribuons (cf. le site https://shiftyourjob.org/) et que nous allons devoir sinon nous passer complètement de nos « esclaves-machines » en tout cas prioriser leur utilité et revenir à des emplois qui comporteront une plus grande part de travail manuel. On peut le penser comme une catastrophe ou comme une opportunité.
Il me semble par ailleurs que nous progresserons dans notre réflexion et notre efficience en évitant de diaboliser les politiques. Janco est sévère à leur égard et on ne peut que partager ce point de vue quand on observe les orientations politiques actuelles. Pour autant désespérer d’eux n’avance pas beaucoup. Je butte pour le moment sur ce constant sans pouvoir aller plus loin. Par contre je ne pense pas qu’il faille être un industriel pour être ministre de l’industrie et qu’on soit un mauvais commissaire au plan (sans avoir une bonne opinion de l’actuel) parce qu’on a d’abord reçu une formation littéraire. Le politique est une chose trop importante pour n’être que l’affaire de spécialistes. C’est (ce devrait être) la résultante d’une construction collective.

Dans la totalité des domaines, il est préférable de maîtriser un minimum le sujet. Ca ne fait pas tout, bien évidement. Mais, la forme ne peut pas remplacer le fond.
Dans les entreprises privés, il est relativement courant d’embaucher des personnes ayant un profil en adéquation avec le poste. Pourquoi est ce que cela serait diffèrent pour un commissaire au plan, poste très technique. Ou même pour un poste visant à relancer l’industrie française (c’est tout aussi technique).
On ne prend pas un ingénieur n’ayant jamais mis les pieds au tribunal pour Garde Des Sceaux. Pourquoi prendrait-on alors un avocat (Montebourg) pour le redressement productif ?
François Bayrou et Agnès Pannier-Runacher n’ont pas le profil de leurs postes respectifs (Commissaire au Plan, Ministre de l’Industrie), que cela soit par leurs formations, leurs expériences passées et leurs parcours professionnels. Hormis d’être dans les petits papiers du patron (EMA), ils n’ont aucun atout pour leurs postes respectifs. Bien évidement, on n’est jamais à l’abri d’un coup de chance mais ça irait tout de même mieux en prenant des profils correspondants aux postes.

Agnès Pannier-Runacher le sait très bien puisque le gouvernement ment sur son CV pour mettre une touche industrielle : Agnès Pannier-Runacher | Gouvernement.fr
Elle n’a pas été Directrice R&D chez Faurecia mais Responsable Commercial Agnès Pannier-Runacher est nommée directrice de division clients chez Faurecia

Sa mission : développer les relations commerciales avec GM Europe, Volvo, Jaguar et Land Rover.

Qui a déjà vue un patron de R&D dans un grand groupe industriel sans un minimum de back-ground technique ?

Personnellement j’ai déjà vu de mauvais directeurs qui connaissaient pourtant très bien le métier de leur direction et des très bons directeurs qui étaient en fait des organisateurs (même si ça ne les a pas empêché de monter en connaissance sur les sujets de leur direction mais ils se reposaient avant tout sur leurs équipes) :slight_smile:
Pour revenir à votre débat, la question de l’adéquation au poste est effectivement importante (personne ne dit qu’il faut prendre quelqu’un qui n’a pas le profil) mais cela revient à d’abord définir le poste…
La lettre de mission évoque « faire entrer dans la réflexion des acteurs publics et dans le débatpublic les questions, la question des risques et des chances que notre époque et ses évolutions offrent à la société et l’Etat » ou encore « éclairer les choix collectifs que la Nation aura à prendre… »
Le site strategie.gouv.fr indique « est chargé d’animer et de coordonner les travaux de planification et de réflexion prospective conduits pour le compte de l’État, ainsi que d’éclairer les choix des pouvoirs publics au regard des enjeux démographiques, économiques, sociaux, environnementaux, sanitaires, technologiques et culturels »
Après on peut ne pas être d’accord avec la mission ou trouver qu’il n’y a pas de moyens convenables mis à disposition (d’ailleurs les moyens ne sont jamais évoqué à part le concours de « France Stratégie » et généralement une responsabilité sans moyen d’action ne fonctionne pas) mais si on reste sur cette description, une personne qui a de l’expérience politique à différents échelons (local, national, européen) apporte une connaissance du fonctionnement de ces échelons et de leurs contraintes.
(La mission d’ailleurs ne parle jamais directement de l’industrie…)
Du coup je serai plutot enclin à discuter du bien fondé de la mission, des moyens mis à disposition où de la compétence de la personne choisie dans ses domaines d’actions que sur l’adequation

Eh ben, on n’est pas sortie le cul des ronces avec ce genre de chose. Ca n’a rien à voir avec le rôle d’un Commissaire au Plan. C’est juste un foutage de gueule de plus pour donner une médaille en chocolat au copain du patron.

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Bien évidement que cela peut arriver. Le meilleur choix allie la compétence technique et la compétence managériale. Mais en plus des compétences managériales, il faut des compétences techniques minimum pour au moins arriver à comprendre son équipe ou le métier en question. Agnès Pannier-Runacher trichant sur son background avec un soi-disant poste Directeur R&D au lieu de Responsable Commercial l’illustre bien.

C’était mon quotidien jusqu’à il y a peu. Mais ça c’est devenu la théorie. Oui, le dossier il faut le faire et il faut plein de choses dedans. Ensuite, la réalité colle t’elle à ce qu’il y a dans le dossier ? Rarement. Il y a écrit ce que la DREAL a envie d’entendre. De toute façon, comme ensuite c’est trop technique, personne ne viendra vérifier.
De l’avis d’un DG d’un grand groupe industriel Italien, « en France vos lois sont comme des recommandations aux enfants : il faut faire comme si on avait entendu d’un coté, mais de l’autre les enfants font bien ce qu’ils veulent dans la cour de récréation à l’écart de la maitresse ».

Il faut bien se rendre compte qu’il n’y a quasi plus personne à l’inspection des installation classées, plus personne à l’inspection du travail, etc… Du coup, il n’y a que les accidents graves (avec conséquence sur la voie publique et/ou médiatisation) qui font l’objet d’un traitement.

Mais par ailleurs tout celà entraine une insécurité juridique et pour les fabrications potentiellement impactantes (risque d’accident grave et/ou d’impact sur la voie publique) c’est vrai que l’on aura tendance à produire ailleurs. Celà concerne par exemple toutes les activités de production de produits métalliques, plastiques (fonderie, injection, usinage) qu’il est facile de transporter.

Après, il y a le pb du support technique : il y a peu de techniciens en France, donc quand on a une panne en production celà veut dire soit avoir les ressources en interne soit attendre la dispo d’un tech. La seule exception est l’agricole, où il y a encore pas mal de petites structures de maintenance. Mais c’est un paramètre qui joue beaucoup dans le fait de rappatrier (ou pas) une prod’. Et celà n’a rien à voir avec l’énergie disponible, les impôts, le cout du foncier, etc…

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Je me rappelle être allé à une réunion du CODERST quasiment lunaire. Ils ont demandé/exigé des choses illustrant surtout leurs totales méconnaissances du sujet. On a bien évidement dit « OUI Monsieur on va le faire, en sachant que c’était infaisable ». La Dreal savait bien que c’était stupide. La Dreal savait également que nous produisons avant d’avoir la nouvelle autorisation …

Sauf le jour où il y a un accident. A ce moment là, on accusera le patron. Y compris si tous le monde savait que c’était bidon. Pour moi, ça sert en parti à couvrir les politiques et les administrations : on vous demande des trucs impossibles, vous faites comme vous le voulez, on ne vous dira rien car on sait que c’est impossible. Par contre, on vous chargera le jour où il y a le pépin.

Parcequ’il est le moins pire des candidats vis à vis de la personne qui prend la décision ?
Ou parcequ’il donne, de loin dans le brouillard, une image moins pire que celle des autres candidats, en particuler parcequ’il utilise souvent le mot industrie, ce qui peut laisser présager qu’à force, il a dû apprendre 2 3 trucs ?

Bon, ok, je suis également assez pessimiste sur le sujet et à peu près toutes les décisions que je vois passer, qu’elles impliquent de l’énergie, de l’industrie mécanique, de celle des procédés, bref ce que je connais un peu, me semblent totalement dénués de bon sens.

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On vous changera plutôt. Les montages juridiques d’une société de projet sont tels qu’il est très difficile d’avoir une personne physique effectivement responsable dans une juridiction où celle ci peut être concernée. Enfin, ça c’est pour les grands groupes, pour une PME effectivement, le patron va fermer boutique et devoir assumer, d’où le fait qu’il n’y en ait pas beaucoup dans ce pays dans des secteurs industriels. Car, ne serait ce que statistiquement, les accidents finissent toujours par arriver.

C’est vrai quand il s’agit de mener une entreprise mais assurer une responsabilité politique n’est pas mener une entreprise. C’est savoir s’entourer de techniciens intègres intellectuellement, écouter les points de vue contradictoires, voire les rassembler pour qu’ils réfléchissent ensemble, solliciter une commission d’élus pour faire des auditions, penser son domaine d’action de façon systémique avec les autres, etc.
La Convention citoyenne est un excellent exemple de politique: ils ne savaient pratiquement rien au départ, voire ils étaient sceptiques, ils ont écouté des techniciens et ils ont élaboré un ensemble de propositions qui constitue une approche systémique pertinente.

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Un commissaire au plan ne devrait pas être un politique. Il doit planifier ce qui a été décidé. La capacité à planifier est un vrai métier, à fortiori dans le monde industriel (1) et ne se trouve pas plus sous le sabot d’un cheval que dans la Convention Citoyenne Climat.
Un inventaire à la Prévert ne peut pas plus faire le job pour le climat que pour aller sur la Lune ou même industrialiser l’Union Soviétique comme dans les années 30. Notamment parce que l’impact (au sens atteinte des objectifs climats), le coût, la faisabilité des solutions, l’ordonnancement des taches et bien d’autres choses n’ont pas été évalué. C’est totalement démagogique d’espérer que 130 personnes choisies au hasard puisse faire un job en quelques semaines que des experts du sujet mettent des mois/années à faire.

(1) On se rappellera notamment les déboires d’un EPR où les « gaziers » sont partis la fleur au fusil notamment en oubliant qu’un savoir faire spécifique peut disparaitre quand il n’est pas utilisé pendant des décennies.

Je partage le point de vue de JMJ sur la CCC :

Enfin elle confirme que le cahier des charges (fournir un plan « prêt à l’emploi » pour baisser les émissions de 40%) était intenable, non par manque de bonne volonté, mais parce que cela demande un temps et une expertise qui n’étaient pas disponible au sein de la CCC, qui n’avait pas de moyens pour procéder à des évaluations quantitatives de la portée des propositions.

Il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir. Il ne suffit pas d’avoir de la bonne volonté. Il faut également les compétences, le niveau, l’entrainement, le temps, l’expérience, les ressources et bien d’autres choses …
Ce n’est pas parce que nos politiques sont en-dessous de tout sur le climat qu’il faut laisser croire que 150 personnes choisies au hasard pourraient faire le job. La CCC n’était qu’une nième façon de botter en touche d’EMA, ou plutot de gagner du temps pour évacuer le sujet Gilets Jaunes.
Même si notre démocratie est perfectible, notamment en rajoutant des vrais votations à la Suisse, il ne faut pas tomber dans le panneau des comités Théodules inventés par EMA pour botter en touche. Nous avons déjà toutes les organisations nécessaires en France sous-entendu sans avoir besoin d’inventer x nouvelles organisations de plus à chaque fois qu’il y a 10 personnes dans la rue. Il serait préférable de faire fonctionner nos organisations que d’en inventer tous les 15 jours.
Le point positif de la CCC est que cela mets en lumière la stratégie d’EMA, à savoir l’affichage d’intentions pour masquer un refus d’avancer sur le fond.

Un commissaire au plan doit être un politique car c’est une fonction issue du suffrage universelle. La démocratie est fondée sur la distinction entre le politique et le technique. Bien évidemment un homme politique en responsabilité doit s’entourer de techniciens compétents pour fonder sa décision sur leurs connaissances. Ce qu’on peut reprocher au personnel politique aujourd’hui quant à la question climatique, c’est de ne pas écouter les alertes d’instances scientifiques telles que le GIEC ou les démonstrations d’un JMJ. Pour autant leur compétence n’est pas technique mais politique : prendre les décisions systémiques issues de l’avis de différents techniciens dans un contexte donné avec par ailleurs des préoccupations de justice sociale et d’acceptabilité par les citoyens. Je t’accorde que ce n’est pas le cas de nos gouvernants actuels.

Tu cites JMJ : « Enfin elle confirme que le cahier des charges (fournir un plan « prêt à l’emploi » pour baisser les émissions de 40%) était intenable, non par manque de bonne volonté, mais parce que cela demande un temps et une expertise qui n’étaient pas disponible au sein de la CCC, qui n’avait pas de moyens pour procéder à des évaluations quantitatives de la portée des propositions. »

Il ne dit pas que la Convention pour le Climat n’était pas pertinente en soi, il dit qu’on ne lui a pas donné les moyens techniques de produire le document attendu. Pour autant, d’ailleurs, la qualité de ses propositions a été soulignée parce qu’elle démontrait que des citoyens informés (sans doute insuffisamment) étaient capables de formuler des propositions politiques fortes et courageuses au regard du déni actuel devant le problème.

Là où je te rejoins et c’est quand tu vois la Convention comme une façon de botter en touche et repousser les décisions (manque de courage ou aveuglement idéologique ?). Ce n’est pas le travail des membres de la commission qui est en cause, ils ont pris une vraie position politique (au sens de citoyenne) ainsi qu’on a pu en avoir le témoignage par Mélanie Cosnier lors de l’AG des Shifters. C’est le détournement de leurs conclusions. Et je partage ta formulation : « Cela met en lumière la stratégie d’EMA, à savoir l’affichage d’intentions pour masquer un refus d’avancer sur le fond. »

Si les propositions ne permettent pas d’atteindre les objectifs fixés, ça signifie que la qualité n’y est pas.

J’ai un neveu très impliqué au niveau national chez LREM. Il est brillant, plutôt écolo canal historique (sa maman, ma sœur, est/était très impliqué dans le développement de la bio). Ca fait un moment que je dois lui poser la question : est ce que EMA est juste un crétin incompétent ou c’est volontaire. AMA, il y a déjà un manque de connaissance et de compétence. Il faut déjà savoir faire des règles de 3 pour suivre JMJ. :slight_smile: Pour moi, mais je peux me tromper, on manque de politiques formés par la science, sous-entendu n’ayant pas fait HEC, l’ENA et tous ces trucs de saltimbanques servant à travailler la forme, sous-entendu sans rien comprendre à la « physique » de notre monde.
De Gaulle a fait Saint Cyr. VGE sortait de l’X … Grosso-modo, ils avaient des neurones qui tournaient vite et bien, ils pouvaient donc comprendre la physique du monde.

Macron, c’est un littéraire qui a fait l’ENA, de surcroit marié avec une prof de lettres. Autant dire que les maths et la science ont du être sa bête noire à l’école. AMA, il n’a pas le câblage nécessaire pour comprendre ce genre de sujet. Si on n’a pas fait de science durant sa formation, ce n’est certainement pas en faisant de la finance et de la politique qu’on apprend ensuite à raisonner « scientifiquement ». Il est très bon en politique pour la politique. Mais, ça ne le fait pas plus pour le climat que pour Covid.

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Je vais continuer à te contredire.
On ne peut balayer les préconisation de la Convention d’un commentaire lapidaire. Ce n’était peut-être pas suffisant aux yeux des nécessités formulées par JMJ mais la valeur politique, sociétale et climatique était reconnue par tous. L’insatisfaction scientifique ou technique sur des mesures ne balaye pas la valeur d’une élaboration collective dans un contexte donné et aboutissant à des préconisations courageuses, preuve en est à quel point elles ont été édulcorées.
Sur le second point.
Le gouvernement par de purs techniciens n’a jamais donné de résultats probants car les mesures prises ne prenaient pas en compte leur faisabilité par les acteurs (citoyens, entreprises, etc.). Je suis d’accord avec toi sur le fait que l’ENA et d’autres grandes écoles ne forment les élites qu’à partir d’abstractions qui reposent plus souvent sur des représentations idéologiques (voir Barbara Stiegler, ll faut s’adapter) que sur de la scientificité. Mais ce n’est pas une question de scientifiques et littéraires? Mendès-France était un littéraire et pourtant un sacré économiste, De Gaulle était un littéraire essentiellement mais une sacrée intelligence. Et excuse-moi, il n’y a pas besoin d’être un technicien supérieur pour faire une règle de trois mais seulement d’avoir l’esprit un peu logique. Je suis un littéraire (sociologue) et j’ai compris sans trop de mal ce que disait JMJ, sans m’attarder sur certaines formules chimiques mais en m’attachant au raisonnement. C’est d’ailleurs une de ses qualités: il ne parle pas comme un technicien mais comme un logicien. Il prend les faits et il les aligne pour en faire découler des raisonnements logiques. Il n’y a pas besoin d’avoir une formation scientifique pour raisonner logiquement, c’est une chose qu’on apprend au fil des études primaires et secondaires.

Un thinkerview assez intéressant de Yves Jego dont plusieurs éléments ont un lien avec le sujet de la reindustrialisation :

Yves Jego critique l’immobilisme de la société : l’administration est comme une personne qui, lorsqu’il fait froid, enfile plusieurs couche d’habits, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus bouger. L’excès des couches administratives est donc bien un frein majeur à la reindustrialisation par exemple.

Il explique également que l’administration est d’une telle complexité que les députés votent souvent des mesures (fiscales par exemple) sans vraiment comprendre le détail de ce qu’ils votent. En réalité, l’administration a le pouvoir car elle gère cette complexité. Le problème vient des hauts fonctionnaires des cabinets ministériels qui survivent aux différents ministres et gardent un certain pouvoir de décision quelque soit le gouvernement. Il faut donc un changement institutionnel radical, il y a un problème de système plus qu’un problème de personnes politiques.

Il se pose en tant que défenseur du made in France et propose une TVA kilométrique : taxer les produits en fonction du nombre de km parcourus, et cela pourrait participer à rembourser la dette. Produire en France doit être un projet de société, un projet collectif. Il faut partir de la base, par exemple une loi pour interdire le drapeau français sur les produits qui ne sont pas entièrement fabriqués en France.

Il donne son point de vue sur la dette : c’est très bien de s’endetter si c’est pour créer des usines qui vont créer de la richesse.

Certaines réglementations seront toujours nécessaires, principalement pour permettre une production en France qui soit respectueuse de l’environnement. Ces règlementations et normes rendraient les produits français plus chères mais la TVA kilométrique pourrait venir rééquilibrer les choses.

De plus, une société du made in France aura besoin de main-d’oeuvre : en plus de résorber le chômage, c’est également une opportunité de donner du travail à des migrants afin de réguler et contrôler d’une manière plus productive l’immigration.