Quel est le couplage de la production du lait de vache et de la viande (veau/boeuf)? Peut-on reduire l'un sans reduire l'autre?

J’entend parfois (Michel Onfray notamment), en gros, que produire du lait implique que les vaches doivent faire des veaux, et que l’on pique le lait qui leur est destiné, et donc qu’il faut tuer les veaux en question. Pourtant, il me semble que le veau est une des viandes les plus chères et moins consommée que le boeuf.
Donc j’imagine que c’est un peu plus compliqué que ça.
Quelqu’un peut il clarifier ce qu’il en est et les conséquences d’une réduction de production de viande sur la quantité de lait produite? Si l’on peut se passer facilement de l’une, pour l autre c’est pas clair il me semble…

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Pour une fois qu’il dit pas que des conneries :stuck_out_tongue_winking_eye: : il n’y aura pas de lait sans veau. C’est bien la gestation (9 mois aussi pour les vaches) qui déclenche la lactation. C’est pas bien différent pour la plupart des mammifères. La production de lait augmente progressivement jusqu’à un pic entre 1 et 2 mois après la mise bas pour diminuer progressivement jusqu’à la prochaine gestation et mise bas si elles ont lieu. Chez les vaches cette persistance laitière varie selon l’individu et la race.
En général l’objectif pour un producteur qui tire son revenu du lait c’est de livrer… du lait. Donc dans un système dit " conventionnel", le veau est sevré très tôt après mise bas, quitte à être alimenté par du lait en poudre (:crazy_face:) pour pouvoir traire sa mère et vendre son lait. Et comme la production laitière diminue au fil du temps, l’idée est d’avoir un intervalle entre 2 vêlages le plus court possible, pour avoir du lait à livrer tout le temps : donc 1 veau/an. Résumé : plus l’intervalle vêlage-velage augmente, plus le risque est d’avoir moins de lait à livrer… donc de produits (€) à rentrer… donc de revenu… CQFD

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Merci beaucoup @SylvainP , du coup:

  • ce veau/an fini-t’il dans nos assiettes ? Auquel cas il me semble que son empreinte carbone n’est pas claire (à intégrer à celle du lait?)
  • ce veau/an est il négligeable par rapport a la production totale de viande de veau/boeuf? Il est clair que dans ma région il y des cheptels à but purement « viande »…

Oui, et dans celles de nos voisins Espagnols et/ou Italiens.

De qu’elle empreinte carbone parlons-nous? Dans les diagnostics CAP’2ER elle est intégrée à celle du lait il me semble (fermentations entériques essentiellement pour les émissions)

Faudrait voir. À partir de quel seuil tu considères que c’est négligeable?

Disons 5% des objectifs globaux de réduction de consommation de viande bovine (division par 2 ou plus, a débattre). Je cherche un ordre de grandeur quoi :wink:

Ma question est naïve: l’empreinte carbone « classique » de la viande de veau est plus élevée que le boeuf, mais l’empreinte du lait est moins élevée. Donc si le veau est un produit secondaire de la production de lait je me demande comment c’est pris en compte (l’empreinte de la viande de veau c’est juste la fermentation entérique additionnelle des veaux eux même quand il digèrent… du lait en poudre?)… D’après ce que tu dis j’imagine que du coup la majorité du veau (consommé par les français), vient d’une filière dédiée…

Est-ce que le bœuf « n’amorti » pas une parti de son empreinte par le stockage (lié par exemple aux prairies qu’il pâture et que ne pâturera pas un veau) ?

La France importe aussi du veau de boucherie (entendu sous toutes ses formes : vivant ou transformé). France, Italie et Belgique seraient les plus gros consommateurs de viande de veau. En gros on en exporte pour partie mais on en importe également (dont vivant pour abattage). Donc diminuer la consommation en France implique également une diminution de la production dans les pays exportateurs.
Quelques éléments de contexte : http://idele.fr/fileadmin/user_upload/Communique_de_presse_-_Previsions_Viande_Bovine_France_2021_IDELE_20_janvier.pdf

Précision sur mon message précédent : les fermentations entériques des veaux (jeunes) restent mineures car tant qu’ils ne sont pas ruminants leurs émissions (méthane notamment) restent négligeables. Concernant le bilan carbone à l’échelle d’une ferme, une fois le veau vendu, son bilan carbone n’est plus « amorti » sur la production laitière. Ce qui va peser dans le bilan d’une ferme laitière, tel qu’il est conçu aujourd’hui, ce sont les animaux dits « improductifs » (animaux de renouvellement comme les génisses ou les animaux gardés pour engraissement). Tant qu’ils ne produisent pas de lait, il pèse sur le bilan (tant que le bilan est ramené au litre de lait produit :thinking:).

Oui, il y a une filière « veau de boucherie » (abattage au plus tard à 8 mois) qui valorise essentiellement les veaux issus des troupeaux laitiers. Côté amont, il s’agit d’une production hors-sol et le veau sera physiologiquement plus proche d’un monogastrique que d’un ruminant vu l’alimentation qu’il reçoit.

Réflexion pour revenir à la question initiale : on pourrait se passer de l’une pour l’autre, en réduisant la consommation si on est dans une approche en flux tiré, et à condition de compenser la baisse de production (€) liée à l’augmentation de l’intervalle vêlage-vêlage pour les élevages laitiers spécialisés. C’est peut être un premier pas pertinent vers une diminution de l’une ET de l’autre.

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Pas certain d’avoir bien compris… imaginons qu’on réduise la demande en viande de veau de 10%, toutes choses égales par ailleurs, que se passe-t-il? On fait toujours autant de veau puisqu’on en a besoin pour la production de lait? Est-ce qu’on peut réduire la filière dédiée?
D’autre part si le veau ne rumine pas, pourquoi a-t-il des émissions de GES encore plus élevées que celles du boeuf?

on diminue la quantité de veau provenant des filières allaitantes ?On arrête les importations ? Si tant est que la France soit autosuffisante avec cette réduction. Je ne connais pas le détail de la balance commerciale sur la viande de veau (des données ici : https://visionet.franceagrimer.fr/Pages/DonneesInteractivesDocs.aspx?sousmenu=commerce%20extérieur)

En considérant le veau de boucherie comme un « sous produit » du lait, alors il faut trouver le moyen de réduire le besoin en quantité de lait OU augmenter la productivité par vaches OU augmenter l’intervalle vêlage-vêlage qui fatalement diminuera la quantité de lait disponible (tant qu’on a pas trouver la vache laitière transgénique qui produit du lait sans avoir besoin de donner naissance à un veau :thinking:). Ah, le principe des vases communicants, de l’approche globale et systémique, du regard holistique, tout ça tout ça quoi :sweat_smile:

il faut demander à @michelB d’où il tient cette info :wink:. Ce n’est pas ce que dit le CITEPA en 2012.

Alors maintenant qu’on me demande, je ne suis plus sûr de ma source. Ça apparaît dans pas mal de graphiques, mais ces estimations fluctuent.
Je pense que je me base sur cette infographie du Sieur Jancovici, mais c’est 2004…

J’ai vu passer des estimations moins différentes du bœuf, j’ai vu passer l’agneau devant…
Notez bien que j’ai posté ma question dans la catégorie « y-a pas de questions bêtes » qui reflète mon niveau sur le sujet et pas mon envie de faire un mauvais jeu de mots :sweat_smile:

L’article de JMJ où on trouve ce graphe est là

Bis repetita :

Où se situe le veau dont on parle ? Pour moi on parle bien des veaux issus du troupeaux laitiers, c’était la question de départ. La majorité de ceux-ci sont dans la catégorie veaux de boucherie.

Attention, j’ai bien écarté dès le départ les veaux destinés au renouvellement du troupeau laitier !

Pour 2018 :

@SylvainP honnêtement je suis largué avec toutes ces catégories. Ces inventaires sont très précis mais a priori il nous manque des éléments pour établir une empreinte carbone au kilo de viande consommable (nombre de bêtes, poids de viande consommable par bête). Le veau se distingue probablement aussi de la bête adulte au niveau de la quantité de viande prélevée…

Cela dit en effet la question initiale n’est pas spécifiquement celle de l’empreinte du veau versus vache, mais ça serait bien de comprendre ces différences pour avoir une vue d’ensemble (d’après ta description on s’attend a une empreinte plus faible pour le veau que pour la vache il me semble)

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Quand on regarde dans la Base Carbone de l’Ademe, il y a plusieurs valeurs « par kilo de poids vif à la sortie de ferme », avec plusieurs entrées selon le « système » (liés à l’alimentation ???) :

  • boeuf conventionnel fourrage intensif : 17 kg
  • génisse allaitante conventionnel : 21 kg
  • lait conventionnel : 1,3 - 1,5 kg (je ne comprends pas les différences entre les entrées)

Le veau n’apparaît pas en conventionnel

Biologique, système 1

  • vache de réforme : 12 kg (je ne comprends pas la différence entre les 2 entrées)
  • veau : 16 ou 10 kg

Biologique, système 2

  • vache de réforme : 10 kg ou 17 kg (deux entrées, je vois pas la différence encore une fois)
  • veau : 10,5

Biologique, système 3

  • vache : 17,8
  • veau : 10 ou 12 kg

Le lait en bio tourne autour de 1 kg

https://www.bilans-ges.ademe.fr/fr/basecarbone/donnees-consulter/liste-element/categorie/212

Quand on regarde la viande, il y a une différenciation selon les morceaux. Le boeuf est entre 34 et 42 kg par kilo de viande crue ; le veau est entre 16 et 25 kg par kilo de viande crue.

Donc l’Ademe considère actuellement le veau comme moins émetteur au kilo ; en revanche, en comparaison, l’agneau est plus émetteur que le mouton (45 kg contre 40). Ca pourrait s’expliquer par la prise en compte d’une filière laitière plus développée pour les bovins que pour les ovins ?
Leurs anciennes données en poids vif mettaient le veau moins émetteur que la vache aussi.

Mais je suis sûre d’avoir déjà vu quelque part aussi que le veau était plus émetteur que le boeuf.

Compliqué… je comprends que le mouton et l’agneau sont encore plus émetteurs que le boeuf et le veau?? J’avais en tête que le pire c’était le boeuf ?

Je crois que le pire reste le boeuf quand on tient compte de l’échelle de l’élevage, indépendamment des émissions à la tête ou au kilo de viande.

Tous les systèmes sont détaillés ici : https://koumoul.com/s/data-fair/api/v1/datasets/agribalyse-synthese/metadata-attachments/AGRIBALYSE3_partie%20agriculture_bio.xlsx

Et pour le conventionnel : https://koumoul.com/s/data-fair/api/v1/datasets/agribalyse-synthese/metadata-attachments/AGRIBALYSE3_partie%20agriculture_conv.xlsx

1,5 c’est pour « lait de vache conventionnel
de montagne, nourri à l’herbe » et 1,3 pour « lait de vache, système conventionnel, plaine, 5 à 10% de maïs ensilage »

Pour les vaches de réforme il y a en fait 5 systèmes qui font varier l’empreinte de 9 à 17 kg :

Lait de Montagne, Auvergne-Lozère (17)
Lait de plaine, Grand est (17.8)
Lait Ouest herbager pâturant (9.4)
Lait Ouest herbe et maïs (12.2)
Lait Ouest productif herbager (9.9)

Comme toujours si les émissions sont ramenées à la quantité produite, la productivité des systèmes pourront faire la différence

Synthèses de diagnostics CAP’2ER (bilan carbone) de 2013 à 2019 : http://idele.fr/no_cache/recherche/publication/idelesolr/recommends/fiches-references-cap2er-edition-2021.html.

Les résultats par système :
- AB : 0.67 kg eq CO2/L (moyenne : 5 616 L/VL et 8% de maïs dans la SFP)
- herbe plaine : 0.67 kg eq CO2/L (moyenne : 5 534 L/VL et 4% de maïs dans la SFP)
- herbe-maïs plaine : 0.82 kg eq CO2/L (moyenne : 7 166 L/VL et 24% de maïs dans la SFP)

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Actualisation : selon France Agri Mer, ce serait près de 91% (82% sur l’infographie ci-dessus) des veaux de boucherie qui proviendraient d’élevage laitier. L’offre étant supérieure à la demande en France, une partie des veaux sont exportés vers l’Espagne.

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