Que penser de "Science Based Targets Initiative (SBTi) "?

Que penser de "Science Based Targets Initiative (SBTi) "?

Quand je lis cet article: https://www.volkswagen-newsroom.com/en/press-releases/science-based-targets-initiative-confirms-volkswagen-groups-climate-protection-targets-6434
il n’y a aucune explication scientifique derrière.
Sur le site de SBTi (https://sciencebasedtargets.org/), ce n’est clair sur la methode scientifique. Sur le cas particlier de VW , je trouve seulement l’info;
« Volkswagen AG commits to reduce absolute scope 1 and 2 GHG emissions 30% by 2030 from a 2018 base year. Volkswagen AG further commits to reduce scope 3 GHG emissions from use of sold products of light duty vehicles 30% per vehicle km by 2030 from a 2018 base year. Volkswagen subsidiary Scania CV commits to reduce scope 3 GHG emissions from use of sold products 20% per vehicle km by 2025 from a 2015 base year. » je ne comprends en quoi il y a qq chose de scientifique à se fixer ce genre d’objectif.
Merci pour vos explications.

Qui pourrait croire qu’un constructeur automobile, qui plus est reconnu comme étant le spécialiste de la triche dans les tests anti pollution à large échelle, est en fait vertueux ?

A mon avis tu perds ton temps, sauf si tu le fais pour exercer ta pensée critique ou mieux si tu as pour objectif d’agir ensuite pour que SBTi devienne sérieux (si tu crois en cette idée)…

VW n’était peut-être pas le meilleur s’ils se sont fait choper :wink:

En y regardant un peu de près:

The Science Based Targets initiative mobilizes companies to set science-based targets and boost their competitive advantage in the transition to the low-carbon economy.
It is a collaboration between CDP, the United Nations Global Compact, World Resources Institute (WRI) and the World Wide Fund for Nature (WWF) and one of the We Mean Business Coalition commitments.

Donc il y a plusieurs acteurs qui semblent quand même vouloir être sérieux dans le mix (a priori).
Leur rapport de 2019 de 42 pages se trouve ici.

Leur synthèse en page 3 est un peu un mish-mash de trucs: ça parle beaucoup des scopes 1 et 2 (donc émissions directes par du fossile et émissions indirectes par l’électricité venant du fossile) mais ne met pas le focus sur le 3 (émissions indirectes venant de l’activité des entreprises). Dans la formulation qu’ils en font, le but initial c’est de réduire les émissions en scope 1 et 2 pour les ~700 entreprises qu’ils ont déjà en partenariat.

Pour ça ils semblent se baser sur 3 « méthodes » qui sont trois façons de voir les choses (par secteur, en valeur absolue, en relatif économique)

Leur « outil d’évaluation » c’est un spreadsheet excel - qui a le mérite d’offrir une évaluation de base pour les scope 1 et 2 et un truc un peu plus spécifique pour le scope 3, basé sur des donnés de multiples secteurs semble-t-il:

Leur stratégie générale semble être de mener des « early adopters » vers une masse critique en leur donnant un sens des métriques à discuter (p6) :

Et ils ont grossi de 7x en 5 ans, ce qui est pas trop mal. La plupart de leurs entreprises ont des buts qui semblent assez court-terme (2030) bien que pour ce monde là ce soit le plus long horizon possible vraiment, et il semblerait qu’ils aient beaucoup d’entreprises des US et de France d’abord (!), puis d’Europe et Amérique du Nord, et Asie ensuite.

Ils ont des exemples par industrie à partir de la page 20, mais je vois surtout des encadrés disant « l’ancien but des émissions c’était X, le nouveau c’est… pas encore annoncé ». Le chiffre en or pour pas mal de ‹ targets › c’est de réduire les émissions de 30% sur la prochaine décennie, ce qui semble être dans les clous d’une réduction de 4% par année pour 10 ans… sauf qu’une fois encore, on parle bien là quasiment tout le temps de Scope 1 et 2, soit 15% des émissions totales dont ils parlent quand ils prennent vraiment en compte le Scope 3
(page 19: Scope1+2=752 millions de tCO2; Scope3 = 3.9 milliards de tCO2).


Un truc louable qu’ils mentionnent en lien avec le GIEC, c’est qu’ils annoncent au moins publiquement qu’ils veulent une réglementation gouvernementale en place:

Donc j’ose espérer que chaque entreprise qui adhère au projet et se trouve en position de faire la mauvaise langue à ce niveau là se prendra dans la tronche le fait qu’ils sont pas en accord avec leurs propres mots, dans le futur.


D’un point de vue technique je suis pas trop impressionné. J’ai pas passé des heures dessus mais quand même, le truc sous excel même bien travaillé ça fait un peu nonchalant…

Je suis un peu surpris qu’ils prennent des entreprises énormes et qu’ils ne parlent pas de mettre en place quelque chose avec des outils plus costauds qu’Excel (que je respecte pleinement), genre l’outil de supply-chain et logistique SAP qui permet d’organiser la logistique d’une énorme majorité des grandes entreprises mondiales et qui donnerait donc la main sur toutes les métriques internes auxquelles les calculs d’émissions pourraient être adjoints.

C’est peut-être dans la catégorie des « étapes suivantes » qu’ils ont en dernière page, mais à mon sens c’est pas possible de se dire « science-based » si on fait pas un bilan scientifique dès le départ, donc je leur souhaite fort bien d’avoir ce genre de « science » en place de manière plus robuste au plus tôt.

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Merci pour ta réponse. Je suis assez sceptique sur le coté scientifique de cette méthode par rapport aux autres.

Une partie de ta remarque me fait repenser à un sujet que je n’ai pas trop creusé : la problématique de définir un scope 1, 2 et 3 fait que les démarches « naturelles » vont être : attaquons nous au scope 1, puis ensuite au scope 2 et enfin au scope 3 (sous-entendu « enfin on verra à ce moment là ») ce qui n’a pas forcément de sens. Alors que si on avait appelé ça Direct/Energie/Indirect ou tout autre nomenclature « sans ordre » et bien précisé qu’il fallait toujours évaluer les 3 on éviterait du greenwashing marketing.

Et si tous les commerces et services évaluent les scopes 1 et 2 et les industries évaluent que leur scope 3 on n’avancera pas vraiment, surtout que ce ne sont que quelques sociétés qui le font.

Bon, ce n’est qu’une impression vague de ma part sur ce sujet

Je pense que ce n’est pas à dénigrer, mais plutôt à surveiller. Peut-être qu’on trouvera que c’est timoré, un peu green-washing, mais ça peut certainement donner des éléments de réflexion utiles.

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Pour info, dans leur document de guidance pour les institutions financières, il y a apparemment une contribution de Jean-Yves Wilmotte de Carbone 4. Donc ça ne peut pas être entièrement mauvais :wink:

Bonjour,
Je rebondis sur ce fil, car je viens de réagir en interne dans mon entreprise, à la suite de publications mettant en avant le respect de la trajectoire des Accords de Paris et le chemin vers la neutralité carbone, en exprimant mon désaccord avec cette vision, selon moi trompeuse.
En résumé, on y parle de scope 1 et 2 (moins de 1% du total chez nous), de logistique amont et aval (0,64% du total), de fournisseurs (avec une belle formulation gardant le flou : 70% des fournisseurs majeurs ont une démarche de réduction), et de réduction sur le poste principal d’émission (83%): les produits que nous fabriquons à savoir des automobiles.
L’objectif principal est une réduction de 37% des émissions des voitures vendues en 2034 par rapport à 2018. Cet objectif est louable, mais en fait imposé par la réglementation européenne par les seuils fixés sous peine d’amendes dissuasives. Et surtout, il ne me semble pas en ligne avec une trajectoire de limitation à 2 degrés ! Ne faudrait-il pas être à plus de 50% de réduction en 2034 pour être effectivement aligné ?
Mais l’argument choc que j’ai obtenu : « les objectifs du groupe ont été scientifiquement certifiés en 2019 par le SBTi comme étant conformes aux Accord de Paris sur le climat, selon un scénario 2°C. » Et en ajoutant que cela concerne évidemment les scopes 1, 2 et 3, sur le cycle « du puits à la roue », en conditions réelles de conduite.
Je suis donc très sceptique sur cette certification SBTi…
Quels sont vos avis ? Peut-on se fier à ces « certifications scientifiques » du SBTi ?
Merci par avance.

D’accord avec Toto, le scope 3 est essentiel.
J’ai enfin trouvé une petite analyse ici:
Ce projet témoigne de la problématique de fixer des objectifs de réduction des émissions de GES qui correspondent à la fois à la capacité d’agir de chaque secteur d’activité tout en respectant la contrainte carbone globale d’un scénario 2° C. Il est regrettable que le scope 3 soit exclu de la méthodologie centrale (même si une possibilité de les considérer sous une autre forme est présen-tée en Annexe38) notamment par des soucis de double comptage (voire encadré).Le projet propose également des pistes méthodologiques pour décider si certaines entreprises d’un secteur d’activité doivent faire des efforts de réduction d’émissions GES plus importants que d’autres. Selon l’intensité carbone, les activités géographiques, etc., les objectifs peuvent être modulés. Par contre la méthodologie reste faible par rapport aux secteurs hétérogènes (comme le secteur de la chimie) et à la prise en compte d’autres GES que le CO2