Mobilisation syndicale contre la RE 2020 et donc contre la réduction des émissions de GES

Un cas d’école intéressant à suivre : quel écho aura une mobilisation des gaziers pour « sauver la filière gaz » et donc maintenir les émissions de GES à un haut niveau dans le bâtiment (le gaz naturel dans le bâtiment fait un petit 15% des émissions de CO2 du pays) ? Soit la même chose que la voiture particulière, et 2 fois plus que l’aviation …

https://www.connaissancedesenergies.org/afp/energie-faible-mobilisation-dans-la-filiere-gaz-contre-la-reglementation-re-2020-210114

J’ai pu louper un truc, mais aucun message de syndicat ou de patron chez Total, en tout cas.
Pourtant, c’est aussi un acteur du gaz

Tout à fait. Ce sont vraiment les gaziers (avec GRDF en tête) qui se roulent par terre. En même temps, ce sont eux qui vont manger froid. Total, même s’il fait du gaz, a peu investi dans le gaz pour les particuliers, et vend surtout du pétrole, et du gaz en gros. Il est moins dépendant.

Que vaut l’argument des gaziers prétendant que la galère du réseau face aux pics du chauffage par radiateurs électriques ou pompe à chaleur (majoritaires aujourd’hui dans l’installation de nouveaux systèmes de chauffage centrales) en hiver risque de produire davantage d’émission pour produire l’électricité que le chauffage au gaz, et ce dans l’hypothèse où aucune régulation ne viendrait limiter l’utilisations de radiateurs par exemple ? Déjà cette année on annonçait que l’hiver représentait un risque pour le réseau.

Il faut se rappeler que le CE des industries électriques et gazières en France (CCAS) n’est pas financé en fonction de la masse salariale mais à la hauteur de 1% du chiffre d’affaire réalisé. Les syndicats, notamment la CGT qui dirige la CCAS depuis sa création en 1947, sont donc fortement intéressés au chiffre d’affaire réalisé avec le gaz.
Les sommes en jeux sont monstrueuses pour un comité d’entreprise : budget CCAS = 1 milliard d’euro, avec peu de contrôle et donc les dérives en conséquence. La CGT est donc directement intéressé à ce que nous consommions du gaz et de l’électricité dans les logements. La CGT n’a aucun intérêt, bien au contraire, à ce que nous isolions les logements pour réduire notre consommation de gaz, ou même d’électricité.
Une réduction de 30% de notre consommation de gaz, c’est grosso-modo une réduction de 30% de la part gaz du budget de la CCAS.

Pas grand chose. D’une part, le pic hivernal ne représente pas beaucoup d’émission (sur l’ensemble de l’année, le système électrique émet 20MtCO2, alors que le chauffage au gaz émet à lui seul un cinquantaine de millions de tCO2). Il faudrait donc affecter l’ensemble du CO2 émit par le système électrique au chauffage électrique ET aggraver la situation pour que ça ait un sens.
D’autre part, confondre chauffage électrique et pointe électrique est très limite (en fait c’est un argument que les gaziers poussent depuis des années avec un succès déclinant). Pendant les périodes hivernales, c’est toute la base électrique qui augmente (pas seulement la pointe, les chauffages se déclenchent quand il fait le plus froid ie le matin au lever du jour et peu toute la journée). La base augmente et pousse donc la pointe de 19h vers le haut (c’est là qu’on tape les records d’appel de puissance) qui se retrouve au final plus haute. Mais la pointe en elle même (qui nécessite la mise en route les moyens dits de pointe) est surtout due à la cuisson (et oui à 19h, on allume surtout son micro onde, ses plaques et son four).
Enfin, cela suppose aussi que les chauffages électriques soient des convecteurs simples. Ce qui est de moins en moins vrai. Les chauffages avec microaccumulation, ou par fil chauffants dans le sol vont permettre des effacements à la pointe sans perte de confort. Et je ne parle pas des pompes à chaleur dont le rendement est tel que la consommation est divisée par 4 (en moyenne sur l’année).
PS : il y a un chauffage électrique qui contribue à la pointe : ce sont les chauffages d’appoint mobiles. Ils sont souvent mis en place dans les logements très mal isolés au bout du 3e jour de froid (le temps que le froid pénètre dans le logement). Et en moyenne, les logements les plus mal isolés sont les plus anciens. C’est à dire ceux construits avant les premières normes d’isolation (1975) qui ont été imposées pour installer du chauffage … électrique. ces logements mal isolés sont donc souvent chauffés au fioul voire au gaz …
La priorité est donc très claire : isoler ces logements très mal isolés, et les chauffer avec un moyen décarboné (réseau de chaleur EnR, ou électrique préférentiellement PAC). Au passage, réexpliquer largement y compris dans les logements les mieux isolés que chauffer au dessus de 19° c’est pas bien, serait une option pas idiote non plus (et tellement peu couteuse en argent public).

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Sauf qu’à EDF il y a eu très peu de grèvistes … Comme quoi le cynisme aussi a une limite …

Salut Hugo, et merci pour ta contribution !

Comme c’est la première fois que tu publies sur le forum, je te souhaite la bienvenue, et je t’invite, si tu le souhaites :

A bientôt !