Les shifters, l'improvisation en jazz et la créativité

Les vacances arrivent. Un peu de détente culturelle. Si vous êtes fans de jazz, vous pouvez écouter cette émission. Christian Béthune est plein de nuance et plein de connaissances, avec un brin de philosophie pas du tout ennuyeuse.

Dans l’improvisation, qui comprend la notion de répétition, quelle superposition y-a-t-il entre le passé et le présent ? Quel est l’aspect mémoriel dans le jazz ? Quelle expérience du temps nous propose la musique de Keith Jarrett ?
Christian Béthune**, philosophe, professeur associé au CIREC (centre interdisiplinaire d’études et de recherches sur les expressions contemporaines), attaché à la faculté de Saint-Etienne et de Lyon, professeur associé à la faculté des sciences de l’éducation de Sao Paulo au Brésil et membre de l’Association des Musicologues d’Auvergne
Le jazz c’est l’idée de communauté

Le jazz c’est un ancrage dans la tradition, toute improvisation est un moment de partage en commun d’une tradition assumée à la fois par les musiciens et par le public. C’est dans ce passage et ce partage, d’une version à une autre, que se constitue l’intérêt, la révérence pour le jazz. Le jazz c’est l’idée de communauté, de mise en commun.
Christian Béthune
Le jazz est-il messianique ?
Ce que Adorno a très bien vu à propos du jazz c’est que son processus historique n’est pas dialectique : il procède par étape. Le temps du jazz est cyclique, le présent et le passé se confondent dans un maintenant de l’improvisation. C’est le temps du conteur tel que le décrit Walter Benjamin. L’idée que l’histoire n’est pas écrite une fois pour toute mais qu’elle peut se relire de façon messianique, cela choquait Adorno. Et d’une certaine manière, il y a une forme de messianisme dans le jazz. Les vaincus de l’histoire ont contaminé l’histoire du 20ème siècle alors que habituellement ce sont les vaincus de l’histoire qui subissent la suprématie culturelle de leurs vainqueurs…
Christian Béthune
Texte lu par Denis Podalydès :

  • Extrait de La Répétition, de Søren Kierkegaard, 1843, éditions Payot-Rivages, traduction de Jacques Privat
    Sons diffusés :
  • Chanson de Yves Montand, Les feuilles mortes
  • Extrait de Autumn Leaves, dans l’album Keith Jarrett At The Blue Note, disque 3, 1995, ECM records, avec Keith Jarrett au piano, Gary Peacock à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie
  • Extrait de Prismes : Critique de la culture et société, de Theodor W. Adorno, article Mode intemporelle : à propos du jazz, 1955, éditions Payot, traduction de Geneviève et Rainer Rochlitz, lu par Vincent Schmitt
  • Extrait de God Bless The Child, dans l’album dans Standards 1, 1983, ECM records, avec Keith Jarrett au piano, Gary Peacock à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie
  • Extrait de Beginning, dans l’album The Survivors’ Suite, 1977, ECM records, avec Keith Jarrett au piano, Gary Peacock à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie
  • Archive de Keith Jarrett, interview du 11 octobre 2000 avec Lionel Esparza
  • Archive de Keith Jarrett du 13 juin 2013, dans une table ronde modérée par Frank Madlener, directeur de l’IRCAM, au Centre Pompidou
  • Chanson de fin : Sarah Vaughan, Autumn Leaves
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