Le syndrome Amadeus

Préambule : c’est une petite histoire qui offre un parallèle avec les derniers jours de Mozart. C’est de la fiction pour se détendre, soyez indulgent :wink:.
Imaginée en pensant à la comparaison entre l’élévation de température de la terre et l’élévation de température du corps humain que JMJ aime faire pour expliquer la non-linéarité du problème. Je voulais que l’histoire claque autant que le titre mais je n’ai pas réussi à atteindre ce que je voulais et je me suis promis de ne pas y passer plus que la journée donc je vous offre ça comme c’est. S’il y a de vrais auteurs… En attendant, j’espère que l’histoire vous amusera.

L’humanité telle qu’elle est aujourd’hui, si elle est personnifiée, peut être vue par certains comme un génie, au même titre que l’était Amadeus Mozart. Elle est capable de produire des merveilles qui étonnent chaque jour, et à un rythme chaque jour plus intense que la veille.
Dans la suite de l’histoire, le ‘monde tel qu’il est aujourd’hui’, est personnifié par ‘Amadeus’.
Dans sa frénésie créatrice, ‘Amadeus’ tombe malade d’épuisement ; mais la machine est lancée, la fièvre créatrice est là et ne veut pas s’éteindre.

Voilà quelques temps déjà qu’'Amadeus’ ne peut s’empêcher de produire, jour et nuit ! Mais il se sent de moins en moins bien. Ses travaux sont reconnus, il est admiré de tous ; il éprouve en conséquence le besoin de continuer à produire ses nouvelles compositions, quitte à ce que les précédentes ne soient laissées de côté prématurément. Le renouvellement assure la continuité du succès et il n’a jamais permis un arrêt qui aurait pu aboutir à la perte de l’attention de tous à son égard.

Mais malgré ces éloges, 'Amadeus’ ne se sent pas très bien. Ces derniers temps, quelques symptômes l’inquiètent et depuis peu il commence à se sentir fiévreux. Aujourd’hui, il va consulter un médecin.

Le diagnostic est tombé : 38,5°C et un diagnostic d’épuisement. Le médecin énonce son ordonnance :
« il vous faut du repos, cher ‘Amadeus’.
Selon ce que vous m’exposez, vous ne prenez pas assez soin de vous, et ce depuis des années : vous êtes en plein travail créatif et cela pour vous prime sur le reste et je peux le comprendre. J’ai admiré vos compositions et je vous assure que personne plus que moi ne souhaite découvrir au plus vite la prochaine… Vous me dites qu’il s’agit d’un Requiem ? C’est très bien, mais vous devez vous économiser.
Arrêtez-vous, détendez-vous et vous verrez peut-être même que votre travail s’en trouvera amélioré. Vous avez besoin de grand air, de nature, de soleil !
Bannissez votre vie de citadin pour quelques temps et revenez à des activités plus simples et saines. Vous continuerez à composer détendu.
»

‘Amadeus’ prend son ordonnance, et sort décidé à se reprendre en main. Le médecin a été clair et il a raison, il doit s’économiser. Cette mise au point a été salvatrice et il va changer de cap !

Il commence à marcher dans la rue, l’esprit apaisé par sa décision. Il se dirige vers son domicile d’un pas décidé. Il passera devant l’opéra en chemin mais il est décidé et ne fera pas de détour ! Une fois arrivé, il va pouvoir faire ses bagages et commencer à se reprendre en main. Et en pensant à la préparation de ses affaires, son esprit vagabonde vers la première scène de la préparation des noces de Figaro, lors de la prise des mesures. La cadence de ses pas s’adapte automatiquement au rythme de la musique. Son pas s’accélère, son sourire s’accentue. Puis, alors que son esprit continue à vagabonder, il ralentit légèrement le pas ; la mélodie se transforme, et son pas s’adapte tandis qu’une adaptation émerge, intéressante pour le requiem sur lequel il travaille…

A ce moment, un couple qui le félicite en le croisant pour son dernier opéra lui fait tourner la tête le temps de lui adresser un signe de remerciement et en reprenant son chemin, il se trouve face à l’un de ses commanditaires qui s’avance vers lui.

« - Mon cher Amadeus, comment allez-vous ?

  • Pas très bien justement monsieur, je sors à l’instant de l’hôpital où j’ai consulté un médecin.
  • Oh j’en suis désolé, mais vous êtes un roc ! Rien de bien sérieux très certainement !.. Je suis très heureux de vous rencontrer ici car je voulais justement vous demander comment avançait notre projet.
  • C’est-à-dire que comme je ne me sentais pas très bien l’inspiration m’avais quitté, voilà pourquoi j’ai justement pris quelques temps pour consulter et…
  • Ne me dites pas que vous n’allez pas être dans les temps. N’avez-vous plus d’idées pour la suite !?
  • Eh bien monsieur figurez-vous que c’est amusant car en marchant il y a une minute à peine, je commençais à entrevoir une suite mais je… »

Une jeune femme s’arrête alors à leur niveau pour exprimer quelques mots d’admiration à son encontre. Comme pour le couple qu’il a croisé précédemment, il remercie poliment avec une ample révérence cette fois-ci. La jeune femme s’éloigne avec un petit rire et jette un dernier regard tout en cachant le bas de son visage derrière un éventail.

« - Mon cher Amadeus, vous aimez décidément les compliments

  • Qui ne les aime pas ? rétorqua-t-il en laissant finalement son regard quitter la jeune femme pour revenir à son interlocuteur.
  • Si je reprends le sujet dont nous discutions, vous étiez donc en panne d’inspiration mais vous en êtes revenu. Il va falloir redoubler d’effort pour rattraper le retard mon cher !
  • Mais monsieur, comme je vous l’expliquais, j’ai consulté et il m’a clairement été stipulé que mon état doit être pris au sérieux et je me dois de faire attention.
  • Vous devez, vous devez… Vous vous devez à votre public très cher ! Voilà ce à quoi vous devez penser. N’avez-vous pas vu la satisfaction de votre public à l’instant même !? (il esquissa un sourire) Le plaisir évident qu’il a eu jusque là… Le désir brulant qu’il a d’en découvrir encore plus… Les yeux rieurs de cette demoiselle n’étaient-ils pas plus éloquents que tous les discours ?
  • Bien sûr… (ses yeux se perdent dans l’horizon un instant) Bien sûr ! Mais monsieur ! J’essaie de vous expliquer que dans les circonstances actuelles, si je continuais de la sorte alors je risque le pire pour ma…
  • Je vous interromps tout de suite ! Si vous nous faites faux bons, vous avez ma parole que le pire vous arrivera alors. Vous avez des engagements pour lesquels vous avez eu des avances versées, nous avons misé sur vous et vous avez un public qui vous attend. Je ne pense pas avoir besoin d’être plus explicite !
  • Mais…
  • Vous êtes un passionné n’est-ce pas, et vous avez tous les éléments pour continuer à produire ce que nous vus avons demandé, n’est-ce pas ?
  • Eh bien… C’est vrai.
  • Vous aimez créer, nous le savons vous et moi et c’est d’ailleurs ce qui nous a tous fait miser sur vous. Vous avez des idées magnifiques à offrir au monde et notre travail est de nous assurer que le monde reçoit les fruits du votre. Nous en parlions lorsque vous êtes venus nous réclamer des subventions : ne pensiez-vous pas alors qu’il devait vous être accordé le droit d’offrir au monde cet opéra ? N’êtes vous pas toujours enthousiaste à cette idée ?
  • Si l’on parle de cela, bien sûr que cette idée m’enthousiasme toujours !
  • Parfait ! Mais j’ai bien entendu vos besoins et j’y ai réfléchi pendant notre échange. J’ai un cousin éloigné qui travaillait comme équarisseur et qui se trouve désœuvré en ce moment. Il est justement à l’opéra. Je vais lui demander de vous épauler. Il pourra aller vous acheter les fournitures dont vous aurez besoin ou vous préparer le café et être à vos petits soins du soir au matin.
  • Mais, je ne sais pas si…
  • Ne vous en faites pas, ça me fait plaisir de venir à votre secours, et ne vous en faites pas, je dédommagerai moi-même mon cousin.
  • Je vous accompagne, nous pourrons nous arrêter à l’opéra, et je vous invite à déjeuner pour que tout ce petit monde apprenne à se connaître. Ca vous donnera l’occasion de vous reposer pendant le repas et de repartir de plus belle. Allons-y ! »

Les deux hommes repartirent ensemble.

La première esquisse du chef-d’œuvre fut proposée quelques jours plus tard. Amadeus ne cessa de produire et sa température ne cessa d’augmenter. Lorsqu’il délivra cette première esquisse, sa température atteignait 41°C et sa fin était annoncée. Ce qu’il produisit ensuite ne servit qu’à le rapprocher plus vite de sa fin : quelques jours plus tard, ‘Amadeus’ mourut d’épuisement.

Le commanditaire se fit aider pour achever le chef-d’œuvre et se consola de ne pas en avoir plus en s’enorgueillant d’avoir eu le dernier.

Le public pleura la mort d’un monde de musique qu’ils avaient perdu à tout jamais.

Suite au décès d’Amadeus, le médecin est pétri de regret :

« je ne comprends pas. Je pensais pourtant avoir réussi à l’atteindre. J’aurais dû réussir à trouver les mots sur le moment, savoir lui expliquer….

Sa santé était fragile mais en vivant une vie plus saine, peut-être moins trépidante, mais sobre et heureuse, il aurait retrouvé la santé et aurait pu nous offrir tellement ! »

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