Le bilan carbone du bois énergie très largement sous-estimé?

Bonjour à tous/toutes,

J’ai regardé les 2 derniers vidéos de osons comprendre sur le bois énergie(payant mais essai gratuit de 30j) https://www.osonscomprendre.com/

Pour résumer la convention pour le bilan carbone du bois énergie serait complétement tronquée car la combustion est comptée comme neutre car le bois relâche le C02 capturé par la photosynthèse.
Sauf que cela met des décennies voir 1 siècle max pour recapturer le C02 émis c’est donc complétement insensé.

Je remet ici leurs arguments+sources:

"Une méta-analyse de 2020 montre que, même dans les études scientifiques, le bois est supposé “carbon neutral”. Seule une poignée d’études scientifiques prennent en compte le temps de la repousse et le carbone des forêts (biogenic carbon).

Nous voyons ici que, dans le cas du bois issu d’une forêt, la forêt mettra entre 63 et 87 ans (S2 et S3 respectivement) à recapter assez de carbone pour que l’électricité au bois émette autant que celle au charbon. Au bout de 100 ans, la forêt aura capté entre 51 et 61 % du CO2 émis (S3 et S2 respectivement) et au bout de 500 ans, la forêt aura capté 91.6-8 % du CO2 émis.

Pour le bois plantation à pousse rapide, il faut entre 4 et 12 ans pour que le bois soit aussi émetteur que le charbon. Au bout de 100 ans, ce bois a pousse rapide aura recapter 92-94 % du carbone émis."

Source: https://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-9326/aaa512/meta

Autre thèse de 2019 qui trouve des résultats convergents:Understanding the timing and variation of greenhouse gas emissions of forest bioenergy systems - ScienceDirect

En image pour le bois énergie en centrale pour produire de l’électricité:


Soit dit en passant je vais bosser pour l’ONF dans 2 ans mais ils ont l’air à fond sur le bois énergie(ils font des collaborations douteuses avec le syndicat des énergies renouvelables Campagne du SER #CestLeBonSens - ONF Energie Bois )

Ils donnent les chiffres de l’Ademe pour le bilan carbone du bois-énergie qui ne prend pas en compte la combustion.

1 g de C02 émis par la combustion du bois a le même forçage radiatif que 1gC02 émis par du charbon mais ne correspond pas à un ajout de C dans le système atmosphère-terre-hydrosphère contrairement à la combustion d’énergie fossiles.
Le bois industrie et le bois d’oeuvre semblent beaucoup plus intéressant niveau efficacité de réduction des émissions de C02 par substitution et stockage de carbone.

De plus la centrale de Drax en Angleterre avec 2000 MW en biomasse énergie consomme 120% de la production biologique du pays Centrale électrique de Drax — Wikipédia on voit bien que les ordres de grandeur sont pas les bons…
Quel ordre de grandeur de consommation en bois si on remplace la centrale à charbon de Cordemais de 1200 MW en France par du bois énergie?(Centrale thermique de Cordemais — Wikipédia)

5 J'aime

Excuse moi mais comment sais-tu qu’ils font de la très bonne vulgarisation ? Corrige moi si je me trompe, mais il me semble que l’on ne peut que vulgariser un sujet que l’on connais très bien de par de longues années de pratiques, d’études et d’expérience.
Or manifestement justement ces personnes ne sont compétentes sur aucun sujet et se contentent de répéter les informations les plus complaisantes.
Je ne peux malheureusement pas retrouver des exemples concrets mais je me souviens bien les avoir entendu avancer ce qui m’a semblé être des affirmations très hasardeuses sur beaucoup de sujets.

Maintenant concernant ce sujet précis du bois comme énergie, les arguments semblent tenir la route (je n’ai pas vu la vidéo parce que je préfère éviter de financer les cuistres). Mais pour avoir une idée exacte de ce dont on parle il faudrait, me semble t-il, pouvoir estimer la quantité totale de CO2 absorbée par la pousse des végétaux sur toute la planète, puis la comparée à celle émise par la combustion du bois.
Un raisonnement rapide (je sais qu’il faut s’en méfier) me pousse à penser que si la surface forestière diminue alors on peut craindre que la combustion du bois n’émette trop de CO2. Si elle reste constante et que l’on suppose que le carbone des végétaux provient de l’atmosphère, alors je ne vois pas bien comment justifier que la combustion du bois puisse émettre plus de CO2 que n’en recapture la photosynthèse (Mais je suis loin d’être un spécialiste de la croissance végétale. Peut-être y’a t-il une partie du carbone des plantes qui provient du sol ?).

Osons comprendre Ils sourcent bien leur argumentaire et leurs vidéos sont convergentes avec beaucoup de choses que j’ai essayé de comprendre comme sur l’hydrogène après c’est pas l’object du topic ^^

Il me semble que l’essentiel du carbone qui provient des plantes vient de la photosynthèse car au niveau des racines seulement les minéraux et l’eau sont absorbés.

En fait la combustion du bois contribue à diminuer le stock de C dans les puits pour en rajouter dans l’atmosphère alors que l’objectif est d’augmenter le taux de C dans les puits et de le diminuer dans l’atmosphère…

Et en plus ça me semble logique que le bois émette plus de C02/kWh que le charbon car le PCI du bois est de 4kWh/kg alors que celui du carbon est de est de 9 kWh/kg (Qu’est-ce que le PCI (Pouvoir calorifique inférieur)  ?) donc il faut bruler 2 fois plus de bois pour avoir la même quantité d’énergie que le charbon.

Cela s’explique par:
Charbon=50-70% de carbone Charbon : formation, extraction, utilisation, pays producteurs et chiffres clés
Bois=30% de C en bois vert COMPOSITION DU BOIS PROPRETÉS PHYSIQUES

D’ailleurs que dit le GIEC sur le bilan carbone de la combustion du bois?A mon avis ce sont les memes chiffres que l’Ademe car la littérature scientifique ne semble pas au point sur le sujet ^^

2 J'aime

Bonjour Enox,

J’ai déjà été surpris par cette considération, en particulier lorsque je regardais les solutions de chauffage individuel : les poêles à bois étaient considérés super bon, sous entendu que le CO2 était automatiquement recapturé par la forêt.

Je suis vraiment surpris qu’on propose des centrale à bois, ça me semble un peu un non-sens… Mais je ne suis pas surpris que l’ONF aille dans ce sens, c’est sa mission de trouver des débouchés à la sylviculture, pas la diminution du forçage radiatif…

1 J'aime

Bonjour,

L’hypothèse de départ est de travailler à stock constant d’arbre : un nouvel arbre arrive à maturité pour chaque arbre abattu pour faire simple. Le monde merveilleux des maths où tout n’est qu’abstraction.

En régime « stationnaire » et lorsque le volume de prélevement est très faible par rapport au parc, c’est sans doute vrai : les émissions émisent sont en permanence compensées. Dans le monde réel, il y a en revanche plusieurs problèmes dont :

  • le dephasage temporel pour arriver à repousse complète (aucune idée comment on évalue ça) empeche d’etre en régime stationnaire avant des décennies si on augmente les volumes.
  • l’influence de conditions externes sur les forets (tempetes, secheresses…) risque de faire sortir du régime stationnaire à chaque incidence de truc un peu chiant.

Vu nos décideurs, je ne suis pas surpris des propositions : ce qui marche très bien à petite échelle est systématiquement envisagé pour un passage à grande échelle en supposant que le monde est linéaire (et infini au passage).

1 J'aime

Que dire du monde merveilleux de la physique, de la chimie ou tout n’est que modèle mathématique abstrait idéale ? (solides, gaz parfaits, repère inertiel…) Si tu me trouves un domaine ou le raisonnement humain est exempt de toute abstraction, simplification et idéalisation je suis preneur.

Si la forêt ne repousse pas assez vite, en toute logique, me semble t-il, il y a deux conséquences possibles : soit on réduit la consommation de bois pour maintenir la surface forestière constante. Soit on se dirige vers un syndrome « île de pâques ». Il me semble donc qu’en cherchant à maintenir une surface forestière constante la consommation de bois est nécessairement régulée en conséquence. Et par là même les émissions de dioxyde carbone.

C’est le genre de choses un peu chiantes qui se produisaient bien avant l’apparition de l’humanité. Il y a d’ailleurs quelques espèces de plantes qui ont besoin des incendies par exemple (Pyrophyte — Wikipédia).
Pour l’humanité c’est quelque chose à prendre en compte lorsqu’on parle de « surface forestière constante ». Surtout avec les incendies géants, des sécheresses et des tempêtes de plus en plus fréquents.
La bonne nouvelle c’est que manifestement, même les chinois ne sont pas assez stupides pour laisser disparaître leur forêts. Donc vraisemblablement même un homme politique (c’est dire) peut comprendre l’intérêt de préserver les arbres. De là a ce qu’ils comprennent qu’il s’agit là de la seule façon efficace de capturer le dioxyde de carbone…

Voilà ! Des connaissances convenues et largement acceptées par la majorité. Renforçant ainsi les croyances, quelle soient fondées ou non sur tous les sujets. Mais qu’est-ce qui est intéressant la croyance ou la preuve ? Ou au moins une confirmation basée sur l’expérience.
Et s’il s’agissait des très acceptés dogmes économiques ? Ce serait tout aussi « sourcé », mais est-ce que cela aurait un intérêt réel ?

Étant donné qu’il y a d’autres usages du bois, pas exemple pour la construction, je serait tenté de dire que si on fait l’effort de maintenir la surface forestière constante dans le temps, il y a nécessairement un effet puits carbone. Mais même ce puits sera temporaire car le bois est décomposé par les champignons et le carbone finira nécessairement par être réémit par la respiration de la micro-faune.

A moi ça ne me semble pas très logique. Le pouvoir calorifique provient à priori de la libération d’énergie potentielle au moment de la formation des molécules de dioxyde de carbone et d’eau. Moins de pouvoir calorifique massique implique sans doute moins d’émission de dioxyde de carbone par unité de masse.
Après il faut aussi prendre en compte l’énergie nécessaire pour briser la molécule « combustible », mais est-ce que les liaisons carbone-je-ne-sais-pas-quoi du bois sont plus costauds que les liaisons carbone-carbone (?) du charbon ?

Normalement tous les domaines applicatifs sont sensés prendre en compte les différences entre modèles mathématiques et réalité. C’est ce qui me permet d’avoir un salaire en tout cas.

Concernant la vitesse de repousse, on peut très bien imaginer un maintiens des surfaces forestières, mais en perdant en quantité de CO2 stocké (des gros arbres remplacés par des petits).

Le thread ne parle pas de gestion de la foret, mais de l’usage du bois comme source énergétique et de l’influence sur les émissions CO2 du pays:

  • A courts termes si on augmente le volume de bois pour l’usage énergétique, on aura bien déstocké du CO2 dans l’atmosphère.
  • Vu que l’objectif aux dernières nouvelles et d’être « neutre » d’ici 29 ans, soit un régime stationnaire devra être établi avant, soit il faudra trouver un autre puit carbone pour compenser.

Avant le 19ieme et l’accès au charbon à la bonne échelle les forets étaient quasiment détruites (déforestation pour agriculture + usage du bois). Pas de raison que les Colbert et autres aient été plus stupides que les politiques actuels. Et l’ONF est régulièrement attaqué, de mémoire une réforme était dans les tuyaux début 2020.

1 J'aime

Plus petits arbres : moins de bois à brûler. On tourne rond.

Mais justement on ne peut augmenter le volume de bois à usage énergétique à moins de faire diminuer la surface forestière ou d’empiéter sur les autres usages du bois.

(Ceci est ma dernière réponse)

Mais que d’efforts déployés pour taper sur ‹ Osons comprendre › tout en étant apparemment sur la même ligne.

On pourra faire un thread osons comprendre pour en parler spécifiquement il s’agit ici d’avoir un regard critique sur leurs sources les thèses que j’ai donné au début ^^

Ce qui serait intéressant c’est une metaanalyse/these qui compare l’impact carbone des différents usages bois en prenant en compte le temps de pousse du bois pour le bois eneegie.

Javais lu un livre résumant une thèse récente sur le bilan carbone de la forêt française il y a peut être des éléments dedans ^^(disponible via ce lien gratuitement)

Il semble évident que le volume et la densité énergétique du bois le disqualifie comme combustible de masse pour alimenter nos sociétés ^^

Ce qui serait intéressant pour la suite du débat c’est différencier les usages du bois énergie ainsi que le bilan carbone associé et voir quels usages sont les plus appropriés pour réduire les émissions de C02.

Bois énergie=agrocarburants +électricité/chaleur en centrale+ chauffage collectif en réseau de chaleur +chauffage particulier(plaquettes biches ou granulés)

De ce que j’ai compris :
-Les bûches sont en concurrence avec le bois d’œuvre
-les granulés sont issus de sciures du bois en scierie
-les plaquettes sont issues des rémanent de la coupe (houppier)

Est ce que pour tous ces prélèvements en bois énergie il n’y aurait pas des usages en bois matériau plus efficace en terme de C02 ?

Dans le cas de la gestion du bois énergie en France par l’ONF il n’y a pas de deforestation et à l’échelle de la France une augmentation du capital forestier donc niveau stock c’est « durable. »

1 J'aime

Sur ce sujet, Jancovici a fait un post linkedin il y’a une semaine :

L’article qu’il reprend est intéressant (filière bois en France), et il ajoute dans son post :
« ou évitant des émissions quand ils remplacent des combustibles fossiles (ce qui est une convention qui n’est valable que sous certaines conditions bien précises) ».
Je serais curieux de voir comment on comptabilise ça.

1 J'aime

Quelques thèses prises par osons comprendre sur leur 2ème vidéo sur le bois énergie en chauffage pour les particulier, qui donnent ce tableau pour les émissions C02 du bois énergie en chauffage particulier:


Source des données du graphique: https://link.springer.com/article/10.1007/s10666-017-9563-5

Il y a 3 cas pour le bois énergie en chauffage particulier:

"-Le seul bois énergie peu émetteur à court terme est celui issu de débris forestiers qui allaient se décomposer et remettre le C02 10-20 ans après d’après cette thèse
https://publications.jrc.ec.europa.eu/repository/handle/JRC122719

-Passons maintenant au cas “bof”. Ca, c’est quand le bois que vous brûlez vient de résidus de l’industrie du bois, de poussières de bois ou de copeaux qui restent après la fabrication d’objets en bois.
Lorsque le bois utilisé pour se chauffer provient de résidus industriels sans usage alternatif, le bois de chauffage met plusieurs années à être moins émetteur que le gaz. [SOURCES : Buchholz 2017 / Hansson 2015 / Taeroe Nielsen 2021 ]

-Passons maintenant au pire des cas, celui où on coupe exprès des arbres pour les brûler. Là c’est le cas où il faut attendre qu’un nouvel arbre repousse entièrement pour recapter le CO2 qu’on a émis. Ça peut prendre des décennies, et même se compter en siècles.

En France, une super étude toute récente estime que quand on coupe du bois pour se chauffer dans la forêt lorraine, après un siècle, les arbres replantés n’ont pas assez recapté de CO2 pour compenser les émissions initiales.

C’est même pire : en 2120, les arbres replantés en 2020 n’ont même pas assez capté de CO2 pour compenser les émissions du bois supérieures au gaz.
En clair, d’après cette étude, couper du bois pour se chauffer, au bout de 100 ans, c’est encore pire pour le climat que de s’être chauffé au gaz.

La Stratégie nationale bas carbone prévoit de multiplier par 3 le nombre de logements chauffés au bois d’ici à 2035."

Avec toutes ces thèses ça peut donner une idée,je vais essayer de les lire en détail . ^^
Si c’est vrai alors conclusion pour le C02:éviter au maximum le bois énergie et favoriser le stockage de carbone dans la forêt et bois matériau.
De plus meme si le C02 est recapturé des décennies plus tard cela aura contribué à l’accélération des boucles de rétroaction/dépasser le tipping point donc c’est pas une bonne idée
Il s’agit peut être du plus grand scandale sur le bilan carbone de l’énergie…On fonce tous vers une solution pire pour le climat…

3 J'aime