Compilation de vidéos agriculture : rebouclage des cycles, pompage carbone, agroforesterie, sol vivant

Bonjour

Je m’intéresse pas mal au sujet de l’agriculture, bien que non spécialiste, car il me semble que c’est la base de toute société humaine. C’est l’agriculture qui fournit les « croquettes pour humains » sans lesquelles les problèmes de « croquettes pour machines » sont relativement caducs.

Dans un futur proche, on ne pourra plus (sevrage post-pic) ou devra plus (atténuation du changement climatique) utiliser les énergies fossiles pour maintenir les rendements agricoles, il est donc probable que ceux-ci baissent. Sur le front de l’adaptation au CC, il est pressenti que la hausse des températures et l’irrégularité des pluies tireront également les rendements à la baisse. Enfin, il est prévu que la terre garde le même diamètre, mais il est impératif que l’Homme laisse plus d’espace aux êtres vivants non-humains (destruction des habitats, premier moteur de l’extinction de masse actuelle).
Au final, le challenge immense est donc de nourrir plus d’humains, sans utiliser la béquille pétrolière, et en stoppant puis inversant l’extension agricole.

Au cours des derniers mois, j’ai eu l’occasion de visionner beaucoup de conférences, documentaires, etc, et je souhaite vous en proposer une sélection très subjective. Si vous trouvez dans ces vidéos des points de vus erronés ou dépassés, je vous serais très reconnaissant de partager des liens vers l’état actuel des connaissances dans le domaine.

Sur le système agricole français et les gains notables qu’il y aurait à modifier un peu notre régime alimentaire (rien de radical) et à sortir de l’hyperspécialisation agricole (assez radical)

J’avais déja partagé (Vidéo : G. Billen, Réinventer l’agriculture et l’alimentation du XXIe siècle?) une vidéo de G. Billen qui propose une vision « système » de l’agriculture, avec une vue macro des flux et une proposition de trajectoire vertueuse (et un mot sur les options bio et végane).
G. Billen a donné des conférences similaires à d’autre occasions, mais ajoute parfois des compléments très intéressants qu’on ne retrouve pas dans la conférence ci-dessus :

Sur la question du rebouclage du cycle azote/phosphore, le chercheur F. Esculier a fait un gros effort pour présenter ses travaux de thèse, sa vidéo https://www.youtube.com/watch?v=9OL5wyhIqP0 est accessible à tout public et présente bien le problème. Il y a beaucoup d’autres vidéos avec lui car le sujet est « croustillant », mais c’est souvent des interviews, donc sans chiffre pour poser les bons ordres de grandeur.

Sur l’agriculture de régénération des sols et le pâturage tournant dynamique, leur intérêt pour capturer et stocker du carbone en grandes cultures et élevage

Je recommande ce mini-docu de Ver de Terre production https://www.youtube.com/watch?v=zerUb6alF6s très pédagogique sur l’agriculture de régénération, l’importance du sol vivant (qui respire et qu’il faut nourrir, par opposition au sol léthargique) et du stockage de carbone dans le sol. Expose un dilemme : ceux qui arrêtent de travailler le sol ont besoin de pouvoir s’appuyer, de temps en temps, sur de la chimie de synthèse. Mon interprétation c’est qu’un passage forcé au « tout bio » fermerait la porte à ces modes de production parmi les plus vertueux.

Petite aparté sur Ver de Terre production : leur chaîne YouTube présente beaucoup de points de vus intéressants, basé sur des démarches techniques et scientifiques honnêtes, mais ils sont aussi parfois perméables à des techniques comme l’homéopathie ou la bio-électronique, qui me semblent clairement tomber dans la catégorie des pseudo-sciences. La démarche scientifique en agriculture de plein champ est intrinsèquement compliqués (longue durée des cycles, impossibilité de contrôler toutes les conditions de l’expérience, très grande variabilité, reproductibilité faible, absence de formation des principaux intéressés, coût de l’instrumentation, etc), la pénétration des pseudo-sciences qui apportent des réponses rapides (mais fausses) en est d’autant plus facilitée. La vigilance est de mise.

Cet exposé de S. Roumegous https://www.youtube.com/watch?v=DJvLH60nD0E reste sur le même sujet, l’approche auto-fertile, avec une vision claire carbone et énergie (maximiser la photosynthèse). Il incite à remplacer le carbone fossile dans les tracteurs par le carbone 100% renouvelable qui nourrit les vers de terre (représentants emblématiques de la vie du sol, même s’il n’en sort qu’une part minime). Insiste sur l’importance des exsudats racinaire, un sol nu une partie de l’année est un sol qu’on affame.

Un TEDx talk https://www.youtube.com/watch?v=wgmssrVInP0 en anglais sur le pompage du carbone par l’herbe et l’utilité des ruminants.

Une courte présentation https://www.youtube.com/watch?v=JvgB6djGF3I en anglais sur la courbe de croissance et l’herbe, et la technique de gestion dynamique qui permet de « piloter » l’herbe pour qu’elle soit toujours dans sa zone de croissance maximale et ainsi maximiser la photosynthèse, la production de biomasse et l’énergie pour nourrir le sol.

L’agroforesterie comme levier technique permettant l’adaptation et éventuellement de participer à une atténuation du changement climatique

L’Association Française d’AgroForesterie présente dans https://www.youtube.com/watch?v=Fsy_r-kYdZU ce qui me semble être un projet politique (dans le sens le plus noble du terme) et la diversité des contextes dans lesquels l’agroforesterie est applicable. En filigrane les témoignages me semblent illustrer un vrai problème avec le modèle de « l’agriculteur chef d’exploitation », quasi-seul à la barre (avec sa ou son conjoint(e)), qui gère une entreprise très capitalistique avec des marges étroites, un manque de temps pour lever le nez du guidon, et qui prend ses décisions en fonctions de ce qui va plaire ou déplaire à ses voisins.

Toujours l’AFAF qui présente dans https://www.youtube.com/watch?v=o55EdF9TMqg un exemple de la combinaison bois d’œuvre + grande-cultures qui semble donner des résultats intéressants. Sur sa chaîne YouTube, l’AFAF présente aussi des exemples volailles + bois d’œuvre et/ou arbres fruitiers qui semble donner de bons résultats et être généralisable dès aujourd’hui.

Le biocharbon comme alternative au BECCS dont l’utilisation semble inévitable selon le GIEC si on souhaite rester sur une trajectoire climatique qui ne nous entraîne pas inévitablement vers l’effondrement

Dans https://www.youtube.com/watch?v=-apvxgcY7gs (en anglais), Lehmann & Solomon vantent une approche « biochar » pour atteindre les objectifs du GIEC de stockage carbone. Leur graphe de décision insiste sur le biochar comme moyen d’action après avoir recréé un sol vivant (donc remonté les taux de matière organique dans les sols). Le stockage "biochar est de longue durée, et ça contourne le problème de la capture carbone « high tech » avec stockage géologique.

Dans https://www.youtube.com/watch?v=pX3zhZ6ETWI (en anglais toujours) le même Lehmann décrit le système biochar + énergie comme pompe à carbone. Clairement, la création de biochar réduit la production énergétique, mais une fois dans le sol, ce carbone stable (~1000 ans) est stocké de manière quasi irréversible. Différent de la matière organique « normale » dans le sol qui est consommée (donc respirée) par la vie du sol en quelques années.

Spokas présente dans https://www.youtube.com/watch?v=XQxthabe_OU (anglais) une vue générale du biochar, son histoire, les effets bénéfiques qu’on lui prête (typiquement, tamponnage chimique, stockage de l’eau, micro-porosité servant d’habitat bactérien/fongique) et l’état de la recherche sur le interactions avec le sol. Il essaie surtout de tempérer l’engouement d’un domaine qui est devenu très à la mode au début de la décennie 2010.

Pour finir https://www.youtube.com/watch?v=z0IKnsU2Sf4 est un court film publicitaire de All Power Labs qui décrit un gazificateur de déchets ligneux agricoles qui produit de la chaleur, de l’électricité et du biochar, et qui peut être intéressant à l’échelle d’une exploitation. Je vois juste ça comme une illustration de la maturité technique d’une approche biochar distribuée et relativement low-tech, là où l’approche BECCS est forcément peu distribuée et très intensive en capital.

Mot de la fin

Personnellement, je rêve de voir apparaître partout en France des pâturages avec des alignements d’arbres gérés en trognes, permettant de produire régulièrement, en plus du fromage et des œufs, du broyat pour compenser les « exports » des parcelles céréalières, du gaz de synthèse (intrant possible pour la chimie verte) et du biocharbon pour stocker du carbone et amender le sol, mais je n’ai pas le bagage technique pour savoir si on est dans le domaine du possible ou du mirage :slight_smile:
Ils sont peut-être déjà là … mais ça fait quelques trimestres que je sors rarement de chez moi :mask:

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Bonsoir, effectivement, un travail exhaustif que je n’ai malheureusement pas encore eu le temps de tout « digérer »… j’essaie de m’y pencher dans les prochains jours…
Votre introduction et vos références concernant G. Billen dénotent déjà, que vos références et lectures convergent vers un cheminement basé sur la cohérence et le pragmatisme d’écosystèmes reposant sur des ressources finis… si nombres de nos collègues pouvaient seulement avoir conscience de cela, nous aurions fait un grand pas…!!!

Moi je n’en rêve pas spécialement, parce que derrière ça veut dire bosser différemment. Par contre il est évident que c’est ce vers quoi il va falloir tendre. Donc pour commencer, remettre du monde dans les campagnes; parce que pour bosser correctement il va falloir des bras. Et on repart comme avant l’ère industrielle, avec des acquis certains dans des domaines inconnus alors (ou du moins tellement oubliés qu’on est certain de les avoir inventés depuis les dix dernières années); avec des tas de choses que nous ne savons plus faire, et ça c’est plus grave, parce que celui qui saura ne voulant pas le laisser gratis sera le roi du pétrole (sans jeux de mots). Donc du monde et pour le rémunérer (il n’y a pas de raisons, ou du moins je vous expliquerai que, si) des prix convenables pour la production.
Or; les agriculteurs, paysans alors, ont toujours été les derniers pour toucher des sous. Avant eux, passent les marchands, les fournisseurs, les religieux, les impôts, les taxes diverses et variées sur la route, l’octroi, le passage, le pont, etc et j’en passe.
Bien sur, j’en entends qui vont me dire que les paysans sont riches. Oui ! Mais souvent ils sont pauvres. Relisez les Histoires ! Et produisant ce dont tout le monde se nourrit, ils sont les premiers à mourir de faim. Cherchez l’erreur.
Donc; oui à une société sobre, paysanne, et tout ce qui va dans le bon sens pour la planète. Mais non à une société où le paysan est méprisé comme il l’a été et comme il l’est encore aujourd’hui dans de nombreuses parties du monde, alors qu’il est le maillon essentiel.
Et; tiens ! pour finir. J’invite tous les jeunes qui pensent s’installer dans le métier et dont je loue le courage et la détermination parce que je connais le métier, à réfléchir à deux fois avant de quitter le métier qu’ils exercent aujourd’hui et tout plaquer par amour pour la nature. Celle-ci vous le rendra … ou pas; car elle se montre souvent ingrate. Le métier l’étant également il est bien probable que les vautours (moins vaillants que vous) seront encore à vous surveiller et alors …!!!
Après, je reste très positivement surpris par tout ce que j’apprends sur ce forum; et rien que pour ça, respect.

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Effectivement, super travail @sylvain! Merci @AN-cpt-suppr pour la mention :slight_smile:

Merci pour cette compilation!
Je partage ce centre d’intérêt et voici où j’en suis arrivé, à date:

  • se présente l’enjeu central de l’arbitrage pour l’allocation des sols : biochar vs beccs vs PV vs éolien. (dans certains cas il semble qu’il puisse y avoir co-occupation d’ailleurs). On se retrouve alors avec un enjeu de gestion foncière
  • cet arbitrage semble plus facile à gérer à l’échelle du territoire (commune, communauté de commune, département), ce qui rend difficile l’émergence d’une tendance nationale claire et visible
  • je ne trouve pas de consensus clair sur les capacités de stockages des différentes solutions (parfois variation d’un ordre de grandeur dans les valeurs affichées), ce qui complique le tableau

Je vais regarder avec attention ces ressources. Je prends la liberté d’en proposer des complémentaires, notamment issue d’une mensuelle shifter de cette année:

Très intéressé pour poursuivre la discussion en tout cas
Jean

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Avec un tel discours ça risque de refroidir plus d’un candidat à l’installation :fearful:. Pas sûr que ce soit la meilleure manière de « remettre du monde dans les campagnes » d’autant que de plus en plus de « NIMA » (non issu du milieu agricole) ont des projets d’installation…

A l’inverse, voici ce que proposent certains réseaux pour rendre compte de l’attractivité du métier : http://www.jemelanceenagriculture.com/ca1/PJ.nsf/TECHPJPARCLEF/33862/$File/17-TER-170420-1.pdf?OpenElement ou encore https://www.agrobio-bretagne.org/un-metier-loin-des-prejuges/ (le Dossier de presse Un Métier Loin des Préjugés.pdf (1,1 Mo) qui va avec)
La transmissibilité et la reprise des fermes deviennent problématiques car nous arrivons à la croisée des chemins où, pyramide des âges oblige, l’offre dépasse la demande (beaucoup d’agriculteurs partent en retraite et il n’y aurait pas assez de repreneur). Un exemple : en Ille-et-Vilaine, la 1/2é des chefs d’exploitations laitières ont plus de 50 ans et près de 60% d’entre eux ne savent pas encore qui leur succédera (enquête réseau CIVAM). C’est donc un réel enjeu et si il ne faut pas occulter les inconvénients du métier qui peuvent être des freins, il faut faire la balance avec les avantages qui sont autant de leviers à l’installation. Car au final, quel métier n’aurait que des avantages ?? Et puis comme disait l’autre, « fais un métier que tu aimes et tu n’auras jamais à travailler de ta vie »…

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Que voudriez vous que je dise ? Que tout va bien dans le monde paysan ? Il faut y avoir passé du temps à ramper à contre courant pour comprendre à quel point les agriculteurs sont pieds et mains liés avec des systèmes qui n’ont rien à faire de leur subsistance.
Je ne vais pas pleurer; j’ai fait mon temps. Je dis simplement de bien étudier les choses avant de se lancer. Oui des opportunités existent vu l’âge moyen des agriculteurs en place; oui des personnes qui ont vu autre chose amènent un sang neuf bénéfique dans le métier; oui des marchés de niche pour faire du direct existent. Dire que tout sera rose et qu’on vous laissera faire sans contraintes le jour où cela prendra la place de ceux qui ne veulent pas la perdre; ça je demande à voir. (industriels, coopératives, syndicats, distribution). Penchez vous, par exemple, sur les règlements et les normes pour mettre en place un atelier de fabrication fromagère. Et vous allez rire; jaune.

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peut être nous apporter des éléments sur « le sens qui peut nous faire oublier l’effort » (sic) ??

mais ils ne le sont pas tous et certains proposent même des modèles différents pour sortir des systèmes que vous « décrivez »

« quand on sait ce qu’on sait, qu’est ce qu’on peut faire d’utile pour que ça se passe un peu mieux qu’un peu plus mal (sic) » ??

Figurez-vous que c’est fait et que je connais très bien ce mode de production. Les avantages (économiques, sociaux, sociétaux notamment) peuvent faire oublier assez vite et dans bien des cas les règlements et les normes. Un exemple parmi tant d’autres: https://www.invitationalaferme.fr/

Super toutes les refs, ya de quoi s’occuper!
Je rajouterai la série de confs « les assiettes du futur » très intéressantes et accessibles aux novices comme moi : https://m.youtube.com/watch?feature=youtu.be&v=aynmHK1_XVc

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Eh bien c’est parfait; je vous souhaite de bien travailler, d’être toujours dans les clous et de vous éclater dans votre métier. Je souhaite également que les années passées par d’autre à faire des expériences différentes servent et permettent à tous les nouveaux installés de devenir de parfaits paysans, vivant de leur passion sans soucis, et faisant vivre des territoires du mieux qu’ils peuvent.
Si je partage mes expériences, ce n’est pas pour me faire du mal ou en faire à quiconque.
Je m’arrête là; il y a un proverbe qui dit: « qui vivra verra ».

Bonjour @sylvain
Au final, quel est le résultat de ton analyse concernant la voie (ou une short-list de voies) à privilégier et à pousser en France ?

As-tu vu des initiatives qui intéresseraient celles et ceux qui souhaitent changer de travail ?
@ShiftYourJob

Merci par avance!
A bientôt
J

Bravo pour ton travail de compilation sylvain.

Je ne connaissais pas bien le biochar. J’avoue que je redécouvre ça me semble très intéressant si c’est bien utilisé. source ecoresponsable durable, en trogne comme tu l’a suggéré :+1:
En tant que jardinier amateur sur sol sablonneux je suis assez séduit, notamment pour éviter le lessivage et augmenter la rétention d’eau.

Une petite présentation en français :wink:

Je suis aussi la chaîne ver de terre production que je recommande, il y’a beaucoup de contenus.

J’en profite pour glisser un lien sur un beau modèle d’agriculture durable en Autriche

Bon visionnage à tous.